‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 112 sur 298 · Jacquine Vanesse, p · texte numérisé non relu

Jacquine Vanesse, p

hommes, je parle des plus subtils, résument tout; c’est le gros de l'affaire qui les intéresse. Les femmes, seules, savent le prix d’un détail!. » |

Mais si le bonheur semble réalisable par raison démonstrative l’on est encore loin de compte : d’abord, la femme porte en elle la marque du malheur, car forte, elle écrase sa propre faiblesse, faible, elle laisse écouler vainement sa force : « Un poète n’a-t-il pas dit que, quand Dieu fit la femme, il prit une argile trop fine ? »

Le bonheur parfait ne sera jamais sien, sauf peut-être et pour un temps seulement dans la maternité, sa vraie et absolue vocation : « Ce gazouillement de la maternité que les femmes savent toutes dès leur première jeunesse, car pour être mères, les femmes n’attendent pas d’avoir des enfants”. »

Le tragique de sa destinée, c’est que cet humble rôle ne saurait lui suffire : « Une fatalité cruelle pèse sur elle. Le grand malheur, c’est que dans les vues de la nature, attentive à perpétuer l'espèce, la femme n’est qu’un moyen, et qu’elle ne peut s'empêcher de se considérer comme un but*. »

Sait-on seulement ce qu’elle veut être ? Le sait-elle, elle-même ? « Je dirai seulement avec Montaigne que la police fémimine a un train mystérieux". »

C’est qu’en effet, dépositaire du puissant mystère de l'Amour, elle en est elle-même comme enveloppée de mystère :

« Quand on commence à aimer, c’est qu’on a cru découvrir dans un être humain je ne sais quoi d’inconnu, un secret qui attire et qui trouble. L'amour vit de mystère. Il n’y a que les âmes divines qui puissent tout à la fois aimer et connaître’. » Le malheur veut que la prêtresse cherche constamment à révéler ce secret qu'elle ne comprend pas très bien elle-même. Quel mobile l'y pousse? Le besoin qu'a l’amour de connaître la limite assignée à sa durée.

« Si l'amour est un enfant de la nuit, la nature l’a condamné à chercher tôt ou tard la lumière, dût la lumière le tuer°. »

Peut-être le secret se trouve-t-il parmi ces femmes de l'Orient qui vivent plus intensément que les blanches sollicitées par mille

. Le Roman d'une Honnéte Femme, p. 7.

. Noires el Rouges, p. 8.

. Le Comte Kostia, p. 81.

. Paule Méré, p. 236.

. Une Gageure, p. 63.

. Le Roman d’une Honnête Femme, p. 78.

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intérêts divers. Enfermées et ne vivant que pour l'amour, vieilles de bonne heure, elles incarnent assez bien « cette Tanit, symbole de l’amour qui tue, et l'amour qui tue est le fond de l’histoire de l'Orient‘ ».

Mais, après tout, il se peut que le bonheur tel que le conçoivent les hommes et les femmes d'Occident, avec ses vicissitudes et ses orages ne soit pas tellement à dédaigner. La femme, perdant son caractère farouche et fatal, devient une force bienfaisante : « Cette force qui prend les traits de la faiblesse.…., cette faiblesse sacrée qui est la plus héroïque de toutes les forces? ». Telle nous aimons à nous imaginer la nature de la femme. Quant à l’amour, malgré les déboires et les déceptions qu’entraînent nos esprits jaloux et agités, il peut être le divin moyen d’atteindre notre partage de bonheur : « L’amour seul concilie tout : il a le don des miracles, il nous fait voir l'infini dans le néant... et comme nous oscillons perpétuellement entre le besoin de tout posséder et Le besoin de nous réduire à nous-mêmes : tour à tour, il nous fait voir le ciel ou le creux d’un nid ° ».

Cherbuliez, qui s’est perfectionné dans l’étude des caractères d'exception, a su choisir également des amours qui sont souvent exceptionnels .(filles sauvages, amitiés équivoques, femmes perverties, sacrifices sublimes). Le premier en date de ses romans, Le Comte Kostia, fut l'étude d’un amour qui ne pouvait se reconnaître, car le héros avait d’abord pris celle qu’il devait aimer pour un garçon.

L'élément de mystère nécessaire, comme il l’a affirmé, à l’éclosion de la passion, était très en évidence. Cet élément, qu’il soit dit en passant, est une partie intégrale de l’esprit romanesque.

La critique estima que le sujet était dangereux, car il proposait des possibilités immorales. Les Anglais surtout furent sévères, car leur pays était, à cette époque, le refuge de la morale bourgeoise, si facile à s’effaroucher.

Toutefois, si Cherbuliez devint plus circonspect par la suite, 1l n’en continua pas moins d'exploiter ce genre littéraire qui lui réussissait si bien. Ceci pourra cependant nous paraître quelque peu surprenant, si nous tenons compte du fait que le romancier fut un idéaliste avéré. Nous nous proposons d'étudier cette question dans le chapitre qui lui est propre : La Tradition idéaliste.

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