‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 154 sur 298 · Idem, p · texte numérisé non relu

Idem, p

guidé par un autre, c’est de commencer par les beautés d’ici-bas et de monter d'échelon en échelon jusqu’à la beauté souveraine et divine‘. »

Les arts savent concilier les désirs des sens et ceux de l’âme, et parmi eux la musique révèle peut-être plus qu'aucun autre le secret de la divine sagesse : « Le Tasse soutenait... que les nombres et l'harmonie sont le secret des choses, et que tout dans ce monde procède musicalement?. » Grâce à la musique, nous parvenons à sublimer ce qu’il y a en nous de grossier et d’éphémère : « La musique est un art céleste qui s'entend comme la mort à distiller et qui, réduisant nos sentiments à l’état d’essences, nous initie icibas aux joies, aux mystères, aux visions de la vie d’outre-tombe*. »

« L’harmonie des facultés », dit encore Cherbuliez, « est le bien suprême*. » Cette harmonie repose sur la mesure, et là notre auteur veut nous montrer une fois de plus que ce n’est qu’au prix de bien des sacrifices qu’on l’obtient. Y verrons-nous la colère des dieux jaloux de voir pénétrer leurs secrets? « Adorons Némesis, mon enfant : elle représente la mesure suprême. La mesure ! nom sacré et la plus belle définition de Dieu; car beauté, sagesse, bonheur, la mesure est le secret de tout *. »

Ne pourrons-nous au contraire conclure à l’incapacité de beaucoup d’entre nous à fournir l'effort qu’il faudrait et qui s’en trouvent par conséquent punis? « Cette classe d'hommes que mon frère appelle la triste race des désaccordés. Vous m’entendez : il compare ces âmes-là à des instruments qui ne sont plus d’accord, qui ne peuvent plus se mettre au ton de la vie et du monde. »

N'est-ce pas enfin l’indice du désir caché de l’homme d’être l’artisan de son propre malheur ? « Le dieu (il avait vos traits) secoua la tête : Ignores-tu, répondit-il, que la félicité réside dans la plénitude de l'être et de la connaissance ? Mais je sais qui tu es et que si tu méconnais le bonheur, c'est faute de l’aimer, car tu nourris un secret désir de souffrir et tu te consolerais difficilement de n’être plus à plaindre’! »

Mais la Philosophie, amour de la Sagesse, grâce à quoi nous

Page 1