Le Prince Vitale, p
Le Tasse, par qui Cherbuliez s’est senti tellement attiré, fut un platonicien lui aussi, mais, même à son époque, il éprouva le besoin d'accueillir d’autres idées que celles que son école jugeait suffisantes : « Je commençai, » a-t-il écrit, « à soupçonner combien ce siècle tient les âmes à l’étroit (La strezza de tempi)... J'ai lu autrefois toutes les œuvres de Platon, et sa philosophie a déposé beaucoup de semences dans mon esprit... Ce qui est sûr c’est que la doctrine morale dont je me suis servi dans l’allégorie lui appartient tout entière, mais de telle sorte cependant qu’elle appartient aussi à Aristote, car je me suis efforcé de les amalgamer si bien que leurs opinions parussent être en harmonie‘. »
Platon et Aristote, le Christianisme et le Paganisme, et les arts, ainsi s’efforçait-il de s’instruire en la vérité, ainsi fe apprendre la vertu par l'intelligence : « O vous qui savez, guérisseznous de nos ignorances... ces Jeunes gens, c’est la Grèce ressuscitée qui les a volés à votre cher Platon. Et à son tour, Le Tasse vola Raphaël quand il peignit dans un de ses dialogues ce jeune Pignatello .. qui veut avant tout posséder la théorie de la vertu, afin de pouvoir raisonner ses actionset ne plus vivre en aveugle?. »
Mais de nos jours les arts et les sciences nous offrent de nouvelles jouissances et de nouveaux domaines à explorer. Le Platonicien peut désormais prétendre à une part plus large de sagesse. L'auteur qui eut la fantaisie de nous faire dans le Prince Vitale une réincarnation moderne du Tasse, mais plus éclairé, plus accueillant, quoique d’un génie inférieur, termine son ouvrage en ces termes : « Il adorait le Christ, il honorait Platon, il chérissait les muses. Passant, s’il fût né trois siècles et demi plus tôt, il se fût appelé Pic de la Mirandole et Jean de Médicis l'aurait aimé”°. »
Le Vrai, le Beau, et le Bien, chacun au degré suprême où les peut suivre notre sagesse, ne voilà-t-il pas la morale harmonieuse par excellence? C’est graduellement que l’homme, à mesure que se développe la Société, peut atteindre à cette élévation dont le but est l'idéal même. N'est-ce pas ainsi qu'il faut interprêter la pensée de Cherbuliez quand il cite le discours de Diotime, prêtresse de Mantinée du Banquet de Platon? « Quand des beautés inférieures, on s’est élevé par un amour bien entendu jusqu’à cette beauté parfaite et qu’on commence à l’entrevoir, on touche au but; car le droit chemin de l’amour, qu’on le suive de soi-même ou qu’on soit