‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 181 sur 298 · Miss Rovel, p · texte numérisé non relu

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Al avait passé du vert au gris’. » Remarquons à cet égard que Cherbuliez utilise une palette des plus riches et des plus précises qui décèle son indéniable talent de romantique visuel : l'eau pour lui donne l’idée du mouvement, la couleur changeante ajoute à l’illusion des formes; la lumière qui transmue tout est la mesure de spiritualité du paysage : « L’Arno répétant toutes ces teintes dans ses eaux tranquilles se faisait fête et prenait sa part des joies du ciel” »... « Un frisson de lumière pâle courut sur les eaux verdâtres de la Seine. »

Lier lumière et eaux invariablement comme deux symholes de mouvement et de vie paraît être presque une manie chez notre auteur : « Les châtaigniers filtraient dans leurs feuillages reluisants une pluie de soleil qu’ils laissaient retomber goutte à goutte sur les gazons*... : « L’avoine qui n’est pas encore mûre rappelle par son vert glauque la couleur des grandes eaux. Caressée par le vent il court des ondes à sa surface”. »

Vie ondoyante, vie attirante et quelque peu voluptueuse, voilà quelquefois ce que nous fait comprendre l’image : « La Seine coudait à leurs pieds, lisse, lumineuse et coquette; elle avait des grâces et une peau de serpent qu’on avait envie de caresser‘. »

Diversité et cependant en dépit de toute unité, c’est parfois l'impression que l'on ressent à la lecture des passages descriptifs de Cherbuliez, et c’est là l’élément classique de l’idée des compensations et de la logique : « Et je me dis que cette rivière qui courait devant moi renouvelle son eau à chaque minute et que pourtant c’est toujours la même rivière. Il ÿy a en nous comme une forme qui demeure”, » |

A cette notion de changement et de permanence, d'ordre et d'harmonie s’ajoute la conception logique du bonheur : « Elle (la Seine) faisait en aval un brusque détour et se dérobait dans d'ombre noire d’une forêt pour reparaître un peu plus loin et retrouver le soleil comme une vie heureuse qui vient de traverser une aventure *. »

. Méta Holdenis, p. 170-71.

. Miss Rovel, p. 204.

. Le Fiancé de Mademoiselle de Saint-Maur, p. 109. . L'Aventure de Ladislas Bolski, p. 341.

. La Ferme du Choquard, p. 56.

. Une Gageure, p. 160.

. Noires et Rouges, p. 296.

. La Vocation du Comte Ghislain, p. 11.

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L’impression d'harmonie dans le mouvement tranquille et la paix semble encore être une des croyances maîtresses de Cherbuliez : « Ga et là se détachaient sur un fond de vapeurs argentées quelquesunes de ces meules monumentales qui sont les pyramides de la Brie... Dans un vaste champ dont la terre fraîchement remuée était rouge et luisante, un charme solitaire semblait étirer ses bras et se reprocher d’avoir dormi trop longtemps. Des aunes, des trembles qui avaient des airs de patriarches tenaient un conseil de famille rangés autour d’une mare... Partout dans la vallée comme dans la plaine régnait une joie tranquille, l’ordre, la paix...

« Les arbres s’attendaient à leurs fruits, les champs à leurs moissons, les oiseaux à leurs prochaines amours...

« Les fumées s’envolaient où le vent les poussait et ne se disputaient point avec lui. Hommes et choses, tout le monde vaquait à sa besogne, personne ne doutait de son avenir ou ne bataillait contre sa destinée’. »

Il est peut-être bon de faire observer que les descriptions dans lesquelles domine l’impression d’ordre, de paix, d’harmonie, viennent après quelque crise violente que traversent héros et héroïne : crise sentimentale, crise de conscience, situation tragique. Il est certain que le choix un peu trop répété de ce moyen à effet de « sédatif » pourra être considéré comme un autre procédé répréhensible, mais après tout n’est-il pas d’une bonne observation que ce n’est qu’au sortir d’un grand désarroi d’esprit, alors qu’une sorte de vide semble exister en nous, que nous sentons le plus vivement la multiplicité des liens tenus qui nous relient à la nature?

Si notre pensée est à ces heures en dérive, notre observation et notre appréciation demeurent intactes. Même l’élément comique y entre sans nous choquer tant le rire est près des larmes et tant la détente est parfois nécessaire :

« Un merle sifflait.. Il ne se rappelait que le commencement de sa chanson*. »

La nature nous ramène aux proportions normales, à la raison. Qui sait si elle n’est pas le catalyseur subtil qui nous fait passer de la subjectivité du poète à l'objectivité du penseur ? : « Il n’est pas de meilleur remède contre les folles terreurs que l’étude de la nature*. »

De l’observation romantique, imaginative, on peut, comme Cher-

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