‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 183 sur 298 · NN · texte numérisé non relu

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cherchais vainement à la voir ; je crois vraiment qu’elle était cachée quelque part dans mon cœur‘... » : « On croit entendre la crépitation de la terre en feu ; c’est bien la musique du soleil”. »

Mais la compréhension de la nature n’est achevée ni par le cœur, ni par l'esprit, ni même par le sub-conscient. Il n’en est pas moins évident à Cherbuliez que cette nature qu’il s’est plu si souvent à décrire est vivante, est une : « C’était ce moment si solennel et si doux où la terre sort de son long sommeil : elle jette dans l’espace des regards languissants; à travers les ombres qui voilent ses yeux, elle entrevoit confusément le soleil ; elle reconnaît en lui ce fantôme adoré dont elle rêvait en dormant; une joyeuse folie s'empare d'elle, et la vie qui bouillonne dans son sein jaillit en flots de sève dans la tige grandissante des fleurs et dans le tronc noueux des vieux hêtres rajeunis*. »

Nous savons que Gœthe a eu en Cherbuliez un admirateur fervent et que le romancier conserva toute sa vie le culte du grand poète allemand; il est probable que la Métamorphose des Plantes de Gœthe, estimée par Cherbuliez à l’égal d’un vrai chef-d'œuvre, a exercé sur lui une certaine influence. Ceci apparaît hors de doute dans l'exemple suivant :

« Arrivé chez moi je pris cet oignon dans mes mains et je lui dis : tu seras un lis; et il me répondit : Quelle folie! Tout en moi est flétri, desséché. Regarde-moi bien, tu verras que je suis mort. Laisse-moi rire! m'écriai-je ; j'implorerai le secours des puissances élémentaires. Je dirai au ciel : Verse-lui à boire. Je dirai à la terre : Nourris-le de tes sucs. Je dirai au soleil : Échauffe-le de tes rayons”. »

Même dans la matière inerte, l’auteur se demande si l’esprit n’habite pas qui nous observe. Comparez Gérard de Nerval, ce précurseur du symbolisme, et Cherbuliez : dans les Vers dorés du premier :

.… Crains dans le mur aveugle un regard qui t’épie! A la matière même un verbe est attaché...

Ne la fais pas servir à quelque usage impie !

Souvent dans l'être obscur habite un dieu caché ; Et comme un œil naissant couvert par ses paupières, Un pur esprit s’accroît sous l’écorce des pierres!

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