‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 184 sur 298 · Le Comte Kostia, p · texte numérisé non relu

Le Comte Kostia, p

$&. Idem, p. 240.

De même le second se pose la question :

« Qui peut savoir ce qui se passe dans l’âme d’un chêne mort!?...» « Quelques rochers girs regardent la terre avec ces yeux fixes qu'ont les choses”. » Et encore : « Mais il y a des jours où les choses, les arbres et les pierres nous adressent de muettes invitations*. »

Ainsi donc, comme Schubert qui croit voir partout, dans les animaux et dans les plantes, la pensée captive et le sentiment qui s’y trouve renfermé s’efforcer en vain de se dégager des formes grossières qui les entraînent, Cherbuliez a l’air de croire à un système de métempsycose ascendante. Cependant il le dépasse parfois et semble alors tel Novalis s’abandonner à une sorte de contemplation de la nature en poète religieux.

On peut donc constater que Cherbuliez a, dans son appréciation de la nature, franchi trois étapes, la première romantique, qui cherche à comprendre par le moyen de la sensibilité et de l’imagination; la deuxième classique, qui veut prouver qu’elle est vivante au moyen de l'intelligence ; la troisième symbolique, qui veut la pénétrer en découvrant ses rapports. Il en reste une quatrième, c'est celle qu'on peut dénommer panthéistique et qui consiste, comme l’a dit Spinoza, à s'identifier avec la nature par l'intelligence et devenir un avec elle.

Non seulement comme l’a conçu Spinoza mais aussi à la façon de Gœthe, Cherbuliez comprend cette union mystique de l’homme et de la nature en Dieu. Il l’affirme avec conviction.

Louis Ducros trouve que Cherbuliez « tient d’une main ferme cette chaîne d’or dont parle Gœthe et qui relie notre âme aux choses* ».

Cette croyance chez un philosophe idéaliste n’est d’ailleurs pas faite entièrement pour surprendre. C’est sa façon d’être logique avec sa doctrine que de la suivre dans son presque entier développement : « Il s’est évertué à prouver que tout est matière... J'ai tâche de lui démontrer que la nature elle-même est spiritualiste, que les pierres croient à l'esprit”. »

N'est-ce pas d’un disciple de Hégel faisant sa profession de foi à un incroyant ? « Et moi je vous dis : la nature c’est Dieu*. »

. Les Inconséquences de M. Drommel, p. 315.

. Paule Méré, p. 292.

. Olivier Maugant, p. 234.

. Revue politique et lilltéraire du 24 décembre 1881. L. Ducros. . Le Comte Kostia, p. 272.

. Prosper Randoce, p. 290.

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Et ainsi Les trois modes de perception connus à l’homme pour se mettre en rapports avec ce « Dieu répandu » à la glorieuse substance de qui il participe, convergent, se mêlent et synthétisent pour lui la conception de la divinité par la sensibilité : « Il semblait que le vieux manoir voulût se venger de sa mauvaise humeur; jamais il n'avait revêtu un aspect aussi riant... et ces parfums errants s’imprégnaient en passant d’autres senteurs plus délicates et plus subtiles ; de chaque feuille, de chaque pétale, de chaque brin d'herbe s’exhalaient de secrets arômes, paroles muettes que les plantes échangeaient entre elles et qui révélaient au cœur de Gilbert le grand mystère de félicité dont frémissait l’âme des choses’. » Ainsi parlent Gœthe et les grands poètes.

Puis l’harmonie que retrouve la raison : « Je m'envolai dans l’espace jusqu’à cette étoile bleuâtre que de ma fenêtre je voyais scintiller à l’horizon et du haut de ce belvédère aérien je me mis à converser avec celte raison suprême qui se manifeste également dans les fleurettes des bois et dans les splendeurs des nuits”. » Enfin l’union de l’esprit par ses forces cachées qui sont les principes mêmes de vie : « Celui qui a la sagesse de sortir souvent de soi finit par se retrouver dans les choses qui paraissent les plus étrangères à son être; il s'aperçoit que l’homme est apparenté à tout l’univers et que les astres même sont de sa famille ; il découvre des conformités secrètes entre son âme et la nature, entre les lois de sa pensée ct les plantes, les éléments de toutes Les formes de la vie universelle ; il se convaint que le monde et lui ont été faits l’un pour l’autre et façonnés de la même main, et en même temps qu’en l'étudiant il apprend à se mieux connaître, il répète avec joie le mot d’un sage : « L’esprit de l’homme est l'esprit de ce qui est...

«.… S’aimer en Dieu! Je traduis ainsi : penser ensemble, jouir ensemble de l'univers, adorer ensemble le même idéal°. »

Le mystère de la nature se manifestant de la façon en apparence la plus triviale, c’est donc celui de la vie, c’est-à-dire que la création, du « devenir » hégélien : « Les rayons célestes sont des excitants qui éveillent dans les plantes un secret appétit de vivre, et aussitôt leurs racines s’attachant comme des nourrissons gloutons aux mamelles de la terre, en pompent les sucs vivifiants, la sève monte, monte... et le divin mystère s’accomplit*. »

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