Le Comte Kostia, p
Le panthéisme de Cherbuliez n’exclue d’ailleurs pas le christianisme ; il en élargit simplement la portée : « Dieu est le grand inconnu dont notre petitesse est incapable de prendre la mesure ; Pascal, qu’elle (Jacquine Vanesse) vénérait beaucoup, lui avait appris : Que Dieu est demeuré caché sous le voile de la nature qui nous le couvre jusqu’à l’incarnation et que quand il a fallu qu’il ait paru il s'est encore plus caché en se couvrant de l’humanité!. »
Nous croyons en avoir assez dit sur les tendances d'esprit de Cherbulliez métaphysicien. Toutefois ce serait se tromper, pensons-nous, que de penser que cet auleur a pu songer à se perdre dans un empyrée vague et stérile, parmi des abstractions à la Sagesse irréductibles. Lui-même il a dit : « Enfanter une âme! Oh! la glorieuse besogne*!.» mais nous doutons fort quant à nous qu’il ait jugé la spéculation métaphysique suffisante à cette création. Si nous ne nous abusons, c’est bien plutôt dans le domaine de l’esthétique qu’il s’efforcera le plus volontiers. C’est là sa voie véritable. De lui Amiel a dit :
« Le positif chez Victor Cherbuliez, ce n’est pas le Bien, la vie morale ou religieuse, mais c’est le Beau, son sérieux est dans l'esthétique”. »
C’est d’ailleurs Cherbuliez lui-même qui, dans la jeunesse de son talent, se charge de nous faire sentir vers où tendent ses préférences. Il est vrai qu’à cette époque (1859-1860) le caractère philosophique de sa pensée n’avait peut-être pas complètement évolué. Quoiqu'il en soit, voici l'extrait tiré d’un de ses essais dans la Revue Germanique :
« On dénie à l’esthétique le pouvoir d'expliquer les secrets de l’art, c’est en les expliquant qu’elle réfutera ses dépréciateurs… L'analyse est une opération violente, mais salutaire, qui dépouille les choses de leurs apparences menteuses et les réduit à leur pure essence. Elle ne fait courir aucun péril à la vraie beauté...
« La philosophie est appelée à tout expliquer; car toute philosophie repose sur un principe, et sur un principe supérieur dont tout le reste découle... Elle n’est rien si elle n’est la science de tout.
« L’humanité se rapproche incessamment d'un but qui est la cause finale de sa longue aventure... Sous peine de manquer son but, le philosophe doit respecter religieusement la vérité des faits.