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d'aucune souffrance, ou l’oubli des réalités et cette ivresse heureuse qui ne s’accompagne pas de la perte de la raison. Il en va de même des jeux de l'imagination esthétique, et, selon le tour qu’elle leur donne et l'effet qu’elle en ressent, nous pouvons la qualifier de contemplatrice, de sympathique ou de rêveuse….
« C’est dans la pure contemplation qu’elle est le plus passive et qu'elle jouit de son repos comme du meilleur des biens. Les choses qu'elle préfère sont celles qu’elle convertit le plus aisément en images, et l'estime qu'elle en fait est proportionnée à la facilité de son bonheur. Que le hasard la mette en présence d’un objet qui a tout à la fois du caractère et de l'harmonie, elle s’en forme sans effort une image qui la satisfait, et pour le récompenser de sa complaisance, elle le baptise du nom de beau. Qu'est-ce que la beauté? Un caractère harmonieux, un tout qui semble jouer avec ses parties, un ensemble qui joue avec ses détails. Elle éprouve alors cet étonnement mêlé de joie qu’on appelle l'admiration, auquel succède une quiétude, une tranquillité mêlée de douceur’. »
Le but de l'esthétique c’est donc l'invention d’un jeu agréable et qui ne lasse jamais parce que, puisque « la beauté (qui en est le prétexte) n’a rien de réel” », on peut indéfiniment lui inventer de nouvelles règles. La condition unique du jeu étant de se prêter aux simulacres de la nature qui nous suggère de nouvelles combinaisons, car, comme dit Voltaire que cite Cherbuliez : « La nature nous fait une illusion continuelle; mais c’est qu’elle nous montre les choses, non comme elles sont, mais comme nous devons les sentir* ».
L'auteur passe en revue les divers problèmes que soulève l’esthétique, tel par exemple celui de la beauté absolue et de la beauté relative. Nous nous arrêterons là cependant, car nous pensons avoir suffisamment fait saisir l'essentiel de sa théorie. Toutefois, le livre tout entier abonde en aperçus intéressants et souvent très originaux. Le passage suivant, entre autres, ne sera pas sans intérêt pour les philosophes :
« Qu'un fat, qui porte beau, vienne à glisser sur le pavé, s'étale à nos yeux sur le trottoir, il nous fera rire comme l’astrologue tombant dans un puits. Sa chute l’avertit subitement de la vanité de ses prétentions, lui démontre que son orgueil qui plane habite un corps soumis comme celui d’un gueux, à l’humiliante loi de la pesanteur. Un sot nous semble comique quand nous découvrons qu’il se