Idem, p
« … Tantôt elle transforme les choses à notre ressemblance, tantôt elle nous assimile aux choses. Elle prête une âme aux éléments, à la terre comme à l’eau, à l’air comme au feu, et elle tient nos passions pour des puissances élémentaires sur lesquelles nous ne pouvons rien et qui peuvent tout sur nous‘. »
« La nature et La vie humaine sont pour elle deux formes du même univers, de la même nature. Sans avoir étudié la philosophie, elle croit à l'identité du sujet et de l’objet, du moi et du non-moi, de la pensée et de l'être, et cette croyance est nécessaire à ses plaisirs, car elle ne prend aucun intérêt ni aux corps qu’elle ne réussit pas à animer ni aux idées auxquelles elle ne peut donner un corps : elle n’aime que ce qui vit ou qui semble vivre”. »
« Mais dans ses caprices mêmes, elle se règle toujours sur des principes de convenance et de disconvenance. Ses méthodes ressemblent à des aventures, ses découvertes sont des trouvailles, ses inventions sont souvent fortuites, elles ne sont jamais arbitraires. Les images qu’elle associe, qu’elle combine et qui semblent lui venir spontanément s’appellent les unes les autres par une sorte de nécessité qui nous échappe, comme le son fondamental appelle ses harmoniques. Le génie, disait Balzac, a pour mission de chercher à travers les hasards du vrai ce qui doit sembler probable à tout le monde. Notre imagination naturelle n’est pas tenue d’avoir du génie, mais la vraisemblance est sa loi. Le plaisir esthétique, avonsnous dit, s'adresse à l’homme tout entier ; il faut que notre raison y soit partie prenante, et notre raison réprouve et condamne les similitudes forcées, les rapprochements absurdes ou incongrus, les contrastes cherchés, les fausses couleurs, les images qui dénaturent les objets, en déforment ou obscurcissent le caractère”... »
« Un travail auquel le hasard préside et qui ne laisse pas d’avoir des règles est ce qu’on appelle un jeu, et voilà justement le caractère distinctif de l'imagination : elle est la seule de nos facultés qui travaille en jouant ou qui se joue en travaillant... Notre imagination joue avec elle-même, avec ses images, avec les réalités... Elle détourne les choses de leur fin naturelle et les fait servir à ses plaisirs. Elle joue et prend le monde pour partenaire’. »
« Suivant notre humeur, nous demandons à nos jeux de nous procurer un repos sans ennui, ou une excitation qui ne soit mêlée