Journal de Genève, T juillet 4899. Auteur anonyme
quante : celle qu’il voulut faire par le moyen du théâtre. Cette tentative dont nous avons parlé assez longuement dans le chapitre intitulé Thédtre, et auquel nous renvoyons le lecteur, se situe entre 1875 et 1879, et antidate par conséquent les autres efforts semblables faits par Cherbuliez dans des domaines différents.
On peut se demander si les signes de renouvellement heureux ou avortés ne furent pas après tout souvent chez Cherbuliez manifestations des phases du développement normal et naturel de son talent d'écrivain :
« Les uns sont venus au roman par la poésie, les autres par le théâtre. M. Cherbuliez y est venu par l’érudition, par la science et par la philosophie », a dit Brunetière'. Son genre un peu trop bien exploité par lui, et en même temps l’érudition, la science et la philosophie mises en œuvre, quoi d'étonnant que le romancier ait voulu dès lors explorer cette voie encore inconnue de lui, le Théâtre?
D'autre part, s’il y a eu chez lui évolution manifeste et renou-
vellement obligé, n'est-ce pas parce que sa carrière de romancier
s’est déroulée à rebour. Il avait commencé, ne l’oublions pas, par donner ce que beaucoup persistent à considérer comme son chefd'œuvre. Cette marche commencée sur un rythme accéléré ne pouvait à la longue qu’accuser quelque défaillance : « Il arrive », dit Henry Houssaye”, « qu’on va du simple au compliqué, de la norme à l’exception, du connu à l'inconnu. Chez M. Cherbuliez c’est le phénomène contraire... » Chez lui donc, on note vers la fin, « ascension vers la simplicité des moyens, des sujets et des décors ». On comprend pourquoi une transformation radicale a dû lui paraître difficile à tenter et qu’il y ait renoncé en fin de compte.
La « renaissance » dont a parlé Faguet fut tout simplement le retour à sa première manière, romanesque quant aux scènes et au sujet, psychologique quant au fond, le tout sur le ton qui était vraiment le sien, celui du conteur, ce qu’on a souvent fait observer :
« Victor Cherbuliez est avant tout un conteur », affirme André Beaunier‘. Faguet de même, l’appelle* : « Causeur exquis, causeur athenien, il le fut toujours ». Retrouver un sujet qui se prêtât
4. F. Brunetière. Revue des Deux Mondes, Revue littéraire, Réceptions académiques. 2. Henry Houssaye. Hommes et Idées.
3. André Beaunier. Revue Encyclopédique, juillet-décembre 1899.