Éloge de Cherbuliez
à la forme naturelle de son talent, c’était là son mode de renouvellement le plus efficace.
Qu'il ait subi des influences étrangères, c’est fort probable ; que ces influences successives aient modifié parfois sa façon d'écrire, ce l’est non moins :
« On est bien forcé d'admettre », dit Montégut', « que s’il n'avait pas étudié les philosophies grecque et allemande, l'esprit de M. Cherbuliez serait sensiblement différent de ce qu'il est, et par conséquent, une œuvre étant toujours en rapport avec l'esprit de son auteur, ses romans tout en ayant rien à démêler avec les dites philosophies, seraient aussi sensiblement différents ». On doit donc faire la part du travail des influences latentes, passagères ou permanentes, qui à son insu ont pu servir à son renouvellement. Le même critique dit encore par exemple : « Il est facile de reconnaître dans Le Comte Kostia les traces des grands poètes qui successivement ont hanté l’imagination de M. Cherbuliez. C'est Shakespeare, c’est Gœthe, c’est Jean-Jacques Rousseau; telle métaphore subtile ou telle peinture des phénomènes naturels vous fait songer à Henri Heine, et à l’intonation de telle tirade de passion vous reconnaissez l'accent et le mouvement lyriques propres à lord Byron De
Mais comment s’y prendre pour déterminer exactement les influences, toutes les influences qui tour à tour s’exercèrent sur Cherbuliez et contribuèrent à modifier sa création? Montégut parle d’une « première phase qu’on pourrait appeler platonicienne » à laquelle « en succéda une autre née, semble-t-il, sous l'influence de George Sand, car ce liseur de grec était aussi un liseur de romans... » Toutefois comment pouvoir affirmer qu’une lecture primait toutes les autres, et quelles autres? Du reste, il lisait tout » ... « Comment attribuer une lecture favorite à un chercheur qui prend le parti de tout lire? » C’est la question que nous pose l'oncle Joël dans la boutique duquel le jeune Victor passait des heures, allant'd’un livre à l’autre?. Prenant son bien où il le trouvait, Cherbuliez malgré ses emprunts et ses tentatives de renouvellement demeura, tous comptes faits, remarquablemenl fidèle à son inspiration première; et ses nombreux lecteurs n’ont pas eu lieu de s’en plaindre.
1. E. Montégut, Dramaturges et Romanciers, 1890. 2. Joël Cherbuliez. Critique des livres nouveaux, 1863.
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