‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 69 sur 298 · PUR · texte numérisé non relu

PUR

« Mais pour jouer dignement ce rôle, j'étais vraiment beaucoup trop. Trop quoi? demanda:t-il,... Trop Seine-et-Marne‘. »

Cherbuliez a aimé la gaîté. Il l'a aimée chez les autres et il a pensé que réagir par la gaîté méritait les louanges :

À François Coppée qu’il recevait à l’Académie, il disait :

«.. dans ce siècle de pessimistes vous êtes, en somme, un poète de belle humeur. » Et c'était pour lui un vraititre. Un auteur digne de ce nom avait à ses yeux un devoir, celui d’être spirituel, à cette condition seulement méritait-on d’être un écrivain français :

« Or il est avéré quoiqu’on dise à Berlin, que le sel attique et le sel gaulois sont les plus précieux condiments qu’ait inventés jusqu'aujourd'hui l'humanité pour assaisonner ses pensées”, »

M. Pierre Leguay dit de Victor Cherbuliez :

« Il y avait dans l'ironie discrète du conteur, dans le tour de sa philosophie, dans son style même, d’une simplicité si savante et si spirituelle quelque chose qui déroutait. Il avait des raffinements d’idées et des mots qui ravissaient les délicats, mais qui ne disaient rien à ceux qu'une culture et une réflexion peu intense n’y avaient pas préparés. Personne ne donnait mieux l’idée de laristocratie de l'esprit”. »

On a en effet dit à plusieurs reprises que le tour d'esprit particulier à Cherbuliez était celui du conteur ; de là l’opinion qu'il était avant tout un aimable indifférent. Le ton habituel du conteur prête en effet à cela. Nous voulons parler évidemment du conteur à l’ancienne manière tel que Voltaire par exemple dont les personnages perdent le plus souvent leur valeur individuelle pour devenir des vérités d’abstractions trop étendues pour que notre sympathie puisse s’y fixer bien longtemps. Les grands maîtres du conte et de la nouvelle, comme Daudet et Maupassant, ont trop bien relié leurs malheureux sujets d'étude au milieu dont ils sont fonction pour que

nous puissions les en dissocier tout à fait; de sorte que notre nature

continue à en être affectée. Chez Cherbuliez de même que chez Voltaire la finesse de l'observation, la profondeur de la pensée exprimée avec retenue et avec peut-être un peu trop de recherche et d'apprêt, font passer l'intérêt du domaine de la sensibilité à celui de l’intellect. C’est pour cette raison que l'un et l’autre ont mérité d’être

appelés des « conteurs dans le roman ».

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