‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 70 sur 298 · Fiancé de Mademoiselle Saint-Maur, p · texte numérisé non relu

Fiancé de Mademoiselle Saint-Maur, p

2. Préface de V. Cherbuliez au Théâtre de Marionnettes de Marc Monnier.

3. Etude sur Victor Cherbuliez, par Pierre Leguay, bibliothécaire à la Bibliothèque Nationale, p. 160.

L'esprit de Cherbuliez, par ses raffinements d'idées et de mots, n’était à la vérité goûté que des délicats et des gens qu’une bonne culture avait préparés à l'appréciation des choses de lintellect. Nécessairement, il ne pouvait plaire à tous, surtout à une époque où la littérature perdant sa qualité d'art, la forme devenait sans importance. Les idées fortes (ou sordides) puissamment développées n’avaient que faire de la nuance. Il nous paraît juste par conséquent de parler, quand il est question de Victor Cherbuliez, de l'aristocratie de l'esprit : ses boutades et ses traits étaient dépourvus de toute vul- garité. Cette tournure spirituelle d'esprit, à bien y regarder, est en somme dans le ton de la causerie mondaine : légèreté voulue, un peu d’ironie. indispensable et bien entendu une attitude quelque peu désabusée mais non point malveillante.

Parce que Victor Cherbuliez appartenait à cette aristocratie de l'esprit, parce qu’il était conteur et aussi causeur dans le roman, on est en droit d'admettre que son esprit était du meilleur aloi encore qu’assez peu spontané. On ne peut se défendre en effet d’un certain malaise à la lecture car on sent instinctivement qu'il vous guette armé d’un bon mot à placer, que tôt ou tard il le placera. Cela produit l’impression, à quelque chose près, qu’on éprouve lorsque le traître d’un mélodrame se dispose à occire quelque innocent et l’on attend que le pistolet braqué parte.

Trop d'esprit donc est trop généreusement accordé à presque tous les personnages :

« La critique devait reprocher à Victor Cherbuliez de prêter de l'esprit dans ses romans à tous ses personnages sans distinction, même à ses imbéciles. Il n’y a point d’imbéciles dans les Causeries Athéniennes; ais tous les interlocuteurs, à quelques variantes près qui tiennent à leur caractère supposé, sont également éblouissants. C’est un feu d'artifice ininterrompu et qui finit même par lasser un peu certains lecteurs. Ils parlent tous un langage châtié, travaillé, nourri des bons auteurs et qui sent même quelquefois le pastiche ! ».

Il a été dit et redit que Cherbuliez ne s’effaçait pas assez derrière ses personnages. Après les avoir esquissés il leur ôtait promptement la parole et c’était lui qui s’exprimait dès lors pour notre grande délectation. Les sots qu'il dépeignait ne pouvaient par conséquent que gagner au change avec un tel truchement., Nous reviendrons d’ailleurs ultérieurement à ces personnages et à leur façon de parler.

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