‹ Victor Cherbuliez: Romancier, Publiciste, PhilosopheChapitre 89 sur 298 · GO -31 © © À · texte numérisé non relu

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Gilbert, lui-même, le personnage le plus pondéré pourtant du premier roman de Cherbuliez, nous offre un exemple de plus de cette grande majorité de gens qui ont désappris la lecon de l'énergie, la seule qui vaille :

« Je n'ai plus à pousser ma vie devant moi, et à lui montrer le chemin ; elle chemine d’elle-même et je la suis comme Martin son âne. »

Cette lâcheté de l'homme qui ne veut pas se battre contre la vie et les événements trouve sa compensation dans l'espérance, ce désir béat que tout finira par s’arranger et que s’en mêler est inutile ; l’optimisme qui n'agit pas, autre preuve d’incurable faiblesse : « Quelqu'un a dit que l'espérance est l’éternelle lâcheté du cœur de l’homme?. »

Mais le découragement qui suit les déceptions est plus grave encore, car avec lui survient l’aboulie complète.

On peut toutefois guérir de cet état de névrose, mais il faut un remède violent et l'intervention d'autrui : « Elle avait décidé qu’il souffrait d’une paralysie de la volonté et qu’on guérit les volontés paralysées en provoquant une crise qui les contraigne à vouloir*. »

Mais que faire lorsque la fierté, ce grand ressort des volontés moyennes est brisée? « Les volontés humiliées ne se redressent plus et le pas est glissant d’une action qui nous diminue à une autre qui nous avilit*. »

Le spectacle de cette mort de la volonté d’un être est quelque chose d’impressionnant, comme la chute brutale et retentissante d’un édifice qu’on croyait solide et destiné à durer : « I] me semble que j’assiste à l’écroulement d’une volonté. »

La pitié même en présence de cet avilissement cesse; la déchéance de l'être, qui refuse de combattre plus longtemps, excite en nous la colère et le mépris; la peur de devenir un jour l'épave que nous avons sous les yeux y entre pour quelque chose, le ravalement de la créature intelligente au niveau de la bête et plus bas encore, en fait peut-être le fond :

« Qu'est-ce qu’un homme qui renonce à vouloir? Ce n’est plus un homme*. »

. Le Comte Kostia, p. 34.

. Prosper Randoce, p. 312.

. Miss Rovel, p. 129.

. L'idée de Jean Télerol, p. 199.

. Méta Holdenis, p. 251.

. L'Idée de Jean Téterol, p. 197.

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Mais cette dégradation, cette déchéance, cette perte quasi totale de la volonté n’aboutit pas à la complète destruction.

Le suicide est réservé à ceux qui ont encore en eux la possibilité d’un dernier soubresaut parce qu’ils se refusent à accepter la défaite absolue. Ils ont été vaincus, c’est vrai, mais leur défaite n’a pas été un consentement : « Le suicide demande un état d'esprit tout particulier... une sorte de fièvre causée par le travail d’une idée fixe qui exclut toutes les idées de traverse”. »

Le suicide est donc la rançon que paie la nature matérielle trop faible à l’idée trop forte qu’elle a nourrie.

Cette anihilation, dernier acte volontaire après tout, est réservée aux demi-forts, à ceux qui ont essayé mais en vain de résoudre le problème de la liberté.

Le suicide tient de la vraie folie si l’on veut, ou plutôt de la folie passagère. C’est ce que les tribunaux anglais par exemple ont depuis longtemps reconnu. Cette folie que révèle le suicide n’a pas la force et la durée de la folie véritable parce qu’elle n’est qu’une maladie de l’être physique torturé par ses passions, alors que l’autre a ses racines profondes dans la vie spirituelle.

Il n’est qu’un compromis, acte presque logique de la part de ceux qui le commettent, entre la force et la faiblesse, entre l'esprit et la matière.

Les vrais forts, ceux qui approchent du génie (comme il a été dit précédemment) ne se tuent généralement pas. Lorsque pour eux

d'idée devient trop puissante et ce faisant les absorbe, ils perdent peu à peu souvent, et quelquefois soudain, le contact avec la réalité des choses. C’est en cela que consiste la vraie démence, en quoi persiste encore quelque chose de divin, traversée qu’elle est à intervalles par des idées fréquemment sublimes, fulgurantes lueurs d’une intelligence qui ne se connaît plus, résultat du dérèglement d’une volonté surprise en plein orgueil de création.

Trop de volonté tendue d’une part, relâchement d’une volonté désorganisée de l’autre, volonté asservie aux passions aveugles en troisième lieu et conduisant la première à la folie, la deuxième à la déchéance, la troisième enfin au suicide, tel est le sort qui menace l'individu privilégié ou déshérité dès son origine même.

Comment parer à ces dangers? Cherbuliez croit pouvoir nous l'indiquer. D'abord ce qui chez lui est devenu une véritable

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