‹ Victor Considérant: Sa Vie - Ses IdéesChapitre 3 sur 47 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le disciple de Fourier et le chef d’école

Exposé succinct du système de Fourier et des circonstances dans lesquelles il s’est fait jour.

Avant d'étudier l’œuvre du disciple, il convient de connaître les idées du maître ; aussi allonsnous exposer brièvement la doctrine de Fourier, ce système que Proudhon appelle « le dernier rêve de la crapule en délire » (x).

(1) Pour comprendre cette expression, il faut savoir que Fourier dotait d’une complète liberté amoureuse la société nouvelle qu'il voulait fonder. Cette idée blesse ie sens moral de Proudhon qui s’écrie : « Passons vite sur les constitutions des « fouriéristes et autres prostitués se faisant fort d'accorder « l'amour libre avec la pudeur, la délicatesse, la spiritualité la « plus pure. Triste illusion d'un socialisme abject, dernier rêve « de la crapule en délire ! Donnez. par l’inconstance, l'essor à « la passion : aussitôt la chair tyrannise l'esprit; les amants ne « sont plus l’un à l’autre qu'instruments de plaisir ; à la fusion « des cœurs succède le prurit des sens, et pour toute volupté « une friction. » (Système des contradictions économiques, t. 2,

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A la veille de la révolution de 1848, trois grands partis politiques étaient en présence : au pouvoir le parti conservateur, dans l'opposition le parti libéral et à côté de lui un allié redoutable, le parti démocratique. On sait ce qui s’est produit : le parti conservateur et le parti libéral ont été emportés par la tempête, et leur commune déroute a porté la démocratie au pouvoir.

Trois écoles philosophiques correspondaient à ces trois grands partis : la seule qui nous intéresse est l’école sensualiste qui représente la philosophie du parti démocratique. Le sensualisme avait joui d’une autorité prodigieuse avec « l’Essaï sur l’origine des connaissances humaines » de Condillac; puis il avait été un moment oublié. Mais vers la fin de la Restauration, il reparut avec un éclat extraordinaire ; c'était un sensualisme tout nouveau, approprié aux tendances et aux mœurs du siècle, armé de théories économiques, sociales, politiques et religieuses; il ne s'appelait pas encore le socialisme, mais c'était bien le socialisme au berceau; il invoquait les noms de Saint-Simon et de Fourier.

Le système de Fourier comprend deux théories fondamentales, l'association domestique agricole et l’association passionnelle, une thèse économique et une thèse philosophique. De bonne heure, Fourier avait été frappé par les malaises de la société contemporaine et par les souffrances du plus grand nombre de nos semblables. C’est pour y mettre un terme qu'il se proposa de découvrir

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«le plan de Dieu », c’est-à-dire l’ordre social conforme à la volonté de Dieu, qui assurerait aux hommes le bonheur.

Le monde social et le monde planétaire sont mus par un même mécanisme, l'attraction; les lois de ce principe ont été exposées par Newton dans le monde matériel, Fourier va les exposer dans le monde moral. Chez les êtres humains, l'attraction se manifeste par l'existence des passions; mais ce mot ne doit pas être pris en mauvaise part : Fourier entend par là les penchants naturels de l’homme et non les vices nés de l’abus de ces penchants. Ces passions sont en elles-mêmes bonnes et saines, puisque c’est Dieu qui les a données à l’homme et puisque « Dieu serait absurde s’il eut donné à notre âme des ressorts inutiles ou nuisibles ». Par des règles de Loute nature relatives aux jouissances matérielles, à la sobriété, à la chasteté, à la fidélité conjugale, à la répression de tous les désirs humains, les moralistes ont prétendu réfréner les passions de l’homme ; or, c’est précisément parce que l'essor de ces passions a été entravé, parce qu’on a voulu modifier l’homme pour l'adapter au milieu, que l’ordre de choses actuel est déplorable. Si, au contraire, on laissait libre jeu à ces passions et si on modifiait le milieu pour l'adapter à l’homme, celui-ci jouirait sur la terre d’une félicité sans nuage. Aïnsi, tous les maux de la société actuelle naissent des passions contrariées ; tous les biens de la société à venir naîtront des passions émancipées. Aujour-

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