‹ Victor Cousin et le mysticismeChapitre 15 sur 16 · NOT D RER · texte numérisé non relu

NOT D RER

qu’on pouvait lui rendre. Pour avoir voulu s’envoler trop haut, Icare vit ses aîles se fondre et tomba dans la mer. De même, si un homme place trop haut la raison, un autre vient qui reconnaît l'erreur, et alors la place trop bas. Nous avons voulu simplement essayer de la ramener à ce qu'elle doit être: la facultf dont l'homme se sert pour expliquer et généraliser les données qui lui viennent d'ailleurs ; son rôle n'en est pas moins grand et moins mystérieux pour cela.

Nous n'avons jamais eu la pensée de refuser à la raison toute intervention dans la religion. Quand elle aura reconnu que cenest pas elle qui fait Dieu ni qui le perçoit, elle pourra nous être d'un utile secours. Quand après avoir réfléchi sur les phénomènes intérieurs, nous aurons compris la légitimité des mouvements de notre àme et de ses élans vers Dieu, nous passerons alors de la religiosité, nécessairement un peu vague et confuse, à la religion consciente et solide.

Nous saurons pourquoi nous sommes religieux et plus spécialement pourquoi nous sonimes chrétiens.

Nous avons, pour nous, la conviction profonde que le mysticisme, tel que nous lavons entendu, est la meilleure préparation à l'Evangile, la sainte doctrine du Christ. Si Dieu se révèle à nous par un mouvement du cœur, c’est-à-dire par un mouvement d'amour, nous ne pourrons jamais accepter que la religion d’un Dieu d'amour. Or l'Evangile n'est pas autre chose ; d’un bout à l’autre le Christ y proclame la bonté de Dieu qui est pour nous un père; bonté si grande que rien ne la peut lasser, ni les fautes les plus répréhensibles, ni les oublis les plus persistants. Et, comme

corollaire de cet amour sans bornes du créateur pour la créature, nous voyons l'amour de l'humanité porté à sa dernière limite ; Jésus se laisse volontairement immoler par ses compatriotes. Ah! combien devant tout cela, sont froides et vaines les querelles des

théologiens et combien importe peu la vérité ou la __ fausseté de tel ou tel dogme ! Amour de Dieu et amour nu - des hommes, que peut -on demander de plus ? Nous M0 Sommes chrétien. de la sorte et cela’ nous suffit : chrétien, parce que le christianisme satisfait pleinement les plus intimes besoins de notre âme ; chrétien en un mot, parce que dans notre propre cœur nous avons trouvé un germe fécond, fleur délicate et précieuse qui s’est épanouie au souffle réconfortant des paroles

du Christ.

Vu :

Le Président de la soutenance,

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