Victor Hugo à Guernesey
Tous les souvenirs qui se rattachent au poète de l'humanité, à Victor Hugo, offrent en même temps un grand intérêt et un enseignement précieux. Le contraste qui existe entre la vaste intelligence du penseur et les incidents journaliers de son existence, montre sous des aspects différents les œuvres immortelles qu'il a léguées à la postérité et les phases diverses de leur enfantement.
Si le sympathique auteur de Victor Hago, raconté par un témoin de sa vie, nous a intéressés par le récit des détails intimes de la vie de son héros, il lui tenait néanmoins de trop près pour le juger avec impartialité,
et pour ne pas laisser subsister certaines lacunes qu'il appartient à d'autres de combler.
Aussi est-il un devoir pour ceux qui se sont trouvés, de près ou de loin, mêlés à cette existence si calme et en même temps si tourmentée du poète, de donner un corps à leurs souvenirs, afin de permettre, à un historien futur, d"y puiser les matériaux nécessaires à une histoire complète du maître auquel la France a décerné les honneurs du Panthéon.
Aucune voix discordante ne s'est élevée pour troubler l'immense acclamation de deuil qui, à la mort de Victor Hugo, a retenti, non seulement des Vosges à l'Atlantique, des Pyrénées à la mer du Nord, mais qui a encore trouvé un écho dans le cœur de l'humanité entière. Toutes les intelligences élevées, sans distinction de culte ou de nationalilé, ont tenu à proclamer la part immense qu'elles prenaient au deuil de la France...
PRÉFACK
Oui, le génie do Vicloi' Hugo est universel; dans son immense étreinle, il a embrassé toutes les conceptions du beau, toutes les sublimes manifestations de la pensée humaine, tous les éloquents plaidoyers en faveur des faibles et des opprimés. Aussi sa gloire rayonnera-t-elle éternellement sur le monde. Car, malgré tous les germes répandus dans une terre féconde, il y aura toujours des déshérités de la nature et de la fortune, comme il y aura toujours des admirateurs du beau et du bien sous toutes les formes.
L'auteur de ces humbles pages, parent du grand homme, avec lequel il a vécu à certaines périodes dans la plus grande intimité, a compi'is le devoir qui lui incombait. Les souvenirs (^u'A publie aujourd'hui ne s'étendent guère. Ils se rapportent presque entièrement à l'existence familiale de la période de 1858 à 1863, et à l'enfantement et à la publication des Misérables, cette œuvre admi-
rable où le cœur de l'illustre poète déborde et où sa prose mélodieuse coule aussi harmonieusement que les vers de ses poèmes les plus sublimes.
Paul Ghenay, l'auteur de cet ouvrage, est un Parisien, un artiste bien connu des bibliophiles et des amateurs d'estampes. Le remarquable talent dont il fait preuve dans le maniement de la pointe et du burin n'exclut pas chez lui les qualités de l'écrivain. On peut dire qu'il a fait une littérature « à l'eau-forte », sobre, mais souvent éclatante d'humour qui ne laisse pas que d'avoir une saveur particulière et séduisante.
C'est ainsi qu'il cherche à dépeindre ce (ju'il a vu et éprouvé au cours des quelques années pendant lesquelles il a eu hi Ixjiine fortune de vivre dans l'intimité du grand homme; et qu'à côté des manifestations journalières de son génie, il a pu observer les faiblesses inhérentes à l'homme.
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Il a nolé les faits dans sa mémoire fidèle et les raconlc sincèrement, tels qu'ils se sont déroulés devant lui, pour ainsi dire, au jour le jour; — d'autres pourront les compléter ...