‹ Victor Hugo à GuerneseyChapitre 27 sur 43 · APRÈS I.A MOUT · texte numérisé non relu

APRÈS I.A MOUT

Viclor Iliigu n'a pas eu, en ses derniers moments, la consolnlioii d'ùlrc cnloiirr de sa vraie famille et des vieux et sincères amis qui lavaient connu. Ceux que raifeclion et le devoir eussent ai)i)elés près de lui à cet instant suprême iavident pi'écédé dans la tombe, sa femme, sa lille Léopoldine, ses lils; Adèle, sa dernière fille que son cruel égoïsme avait menée à la folie, était internée dans un asile.

Parmi ceux qui restaient, plusieurs s'étaient retirés choqués de son ingratitude et de ses mauvais procédés, d'autres par scrupules religieux; le grand [)oète, à qui il restait encore des parents qui ne l'avaient jamais quitté depuis l'enfance et des amitiés de plus de soixante ans, n'avait, pour l'assister à ses derniers moments, r[ue les membres de sa famille poétique qui bourdonnaient autour de ce lit mortuaire comme s'ils eussent voulu en absorber les rayons.

Quelques parents, qu'il avait cessé de voir depuis de nombreuses années, et qui lui étaient antipathiques sous tous les rapports, hostiles en tous points à ses idées poétiques et religieuses, se sont retrouvés

après sa mort poiii- en tirer profit et vanité.

On les découvrit pour les formalités légales et, quoique fort dévots, ils s'entendirent au mieux avec le nouvel entourage athée; ils consentirent à garder le silence au sujet de la lettie de l'éminent prélat et de la réponse qui lui fut faite, ce qui prouve qu'il n'y a pas qu'avec le Ciel qu'il soit des accommodements.

Une seule protestation se produisit, muette, mais d'une grande éloquence, celle de M"^ Clienay, venue en toute hâte de Guernesey pour assister son ■ beau-frère qu'elle n'avait jamais quitté depuis sa naissance et pour lequel elle eut toujours une affection et un dévouement dont le désintéressement est au-dessus de toute contestation. Ne voulant pas avoir plus longtemps l'affligeant spectacle sous les yeux, ni confondre sa douleur si vraie et si déchirante avec les fausses et hypocrites démonstrations d'alentour, ne voulant surtout rien entendre de ces hideuses questions d'argent dont la discussion froissait sa délicatesse et sa vénération pour la mémoire de celui ((ui lui avait tenu

APru":.s i,\ MOKT \x\

Ik'ii de pèie pendant ses jeunes années, elle se relira silencieusement dans l'église Saintllonoré d'EyIau où elle passa toutes ses

journées à prier el à pleiirei- jnsi|iraii jour des l'unérailies aii\(iiielles (die n'assisla pas.

Page 1