‹ Victor Hugo à GuerneseyChapitre 31 sur 43 · QUELQUES VISITEURS DE L'EXILE · texte numérisé non relu

QUELQUES VISITEURS DE L'EXILE

A Jersey où Victor Hugo n'a habité que deux années, il avait loué une maison au bord de la mer qu'on appelait Marine- Terrasse. Cette habitation devint bientôt le point central et le rendez-vous des principaux proscrits, non seulement de France, mais encore de Hongrie, d'Italie et d'ailleurs. Les plus intimes pendant les séjours qu'ils firent dans l'île, furent le Général Leflo et le Comte Teleki, ami de Kossuth.

De nombreuses familles jersiaises se firent honneur d'entrer en relations avec la famille de l'illustre poète et de se faire recevoir dans son intimité.

La famille Nicolle, très nombreuse, M. Asplett, un des principaux magistrats de l'île, étaient des plus fervents. Pendant la belle

QUEI,QUES VISITEURS DE l'eXILÉ 229

saison, de iionibreiix amis cumins et inconnus venant de France et d'ailleurs, apportaient leur Iribut de sympattiie et d'hommages à Victor Hugo et à sa famille. Beaucoup de Parisiens profitaient des vacances pour venir saluer le poète exilé.

A Guernesey, après l'expulsion de Jersey, qui eut lieu en 1853, les préparatifs pressants et nombreux qui préludèrent au départ et à l'établissement d'abord provisoire et plus tard définitif dans l'île de Guernesey, ralentirent les visites que le maître, qui s'occupait lui-même de tous les détails de sa nouvelle installation, ne pouvait recevoir ; mais, après l'installation à Hauteville-House, elles redevinrent plus fréquentes et plus nombreuses. M. et M""^ de Girardin, de nombreux poètes, des journalistes, des littérateurs, des artistes, se succédèrent sans interruption et furent bientôt suivis d'admirateurs touristes connus et inconnus...

On lisait dans divers journaux à la date de septembre 1898:

u II est question de publier les innombrables portraits de Victor Hugo; l'un d'eux est

230 VICTOR HUGO A GUERNESEV

particulièrement rare, c'est celui qu'a exécuté Paul Chenay qui avait épousé M"^ Julie Foucher, la jeune sœur de M""^ Victor Hugo, née après le mariage du poète avec sa sœur. »

La première épreuve de ce portrait fut l'objet d'une critique du poète, ainsi qu'en témoigne cette curieuse lettre.

Hauteville-House, 5 octobre 18G2.

« Mon excellent et cher beau-frère,

« Salut. Vous avez fait une fort belle chose que M. Hetzel nous apporte : mon portrait d'après la photographie. Cela est parfait de réalité, de vie, de finesse, de pensée, de regard. Pour que ce fût ce qu'est votre Pendu, tout à fait un chef d'œuvre, il suffirait de bien peu de chose, vous n'aurez qu'à enlever un gonflement qui est un peu marqué à la joue gauche (je parle de la gauche et de la droite non du portrait mais du spectateur) et très sensible à la joue droite, quelques retouches comme vous les savez faire enlèveraient cette petite fluxion qui

QUELQUES VISITEURS DE l'exILÉ 231

alourdit le bas du visage, rétabliraient la ressemblance absolue, parfaite, avec la photographie et votre portrait serait absolument admirable.

« Je serre fraternellement vos mains dans les miennes.

J'aurais pu répondre à cette lettre si affectueuse et si flatteuse que le prétendu défaut n'existait que quand on rapprochait le portrait de la photographie mais qu'il disparaissait si on le comparait à l'original qui, hélas! avait vieilli de quelques années.

C'est le dernier portrait du poète, sans barbe; il existe encore quelques épreuves du premier tirage.

Page 1