‹ Victor Hugo à GuerneseyChapitre 33 sur 43 · UKNCONTUE AVEC LA PIEUVRE · texte numérisé non relu

UKNCONTUE AVEC LA PIEUVRE

l'on rencontre fiéquemment sous le nom de pieuvre, dans les parages de cette île escarpée où il se multiplie. Ce monstre était connu du maître, mais le nom local qu'il ignorait frappa l'imagination du. poète et il put s'en servir utilement dans un des épisodes les plus saisissants et le plus dramatique de son roman les Travailleurs de la mer, en nous faisant assister au combat de son héros Gillialt contre le redoutable Vampire dans la caverne où il se réfugiait.

Voici dans quelles circonstances il se trouva face à face avec le monstre qu'il découvrit le premier, du bateau dans lequel il contournait l'île, entouré de quelques membres de sa famille au nombre desquels se trouvait son beau-frère qui écrit ces simples récits.

La mer était calme, et tellement transparente qu'on pouvait voir jusqu'à une grande profondeur les objets, et les poissons s'y mouvoir. Tout à coup l'attention et le regard du maître se fixèrent sur une masse sans forme déterminée, paraissant vivante quoiqu'immobile et dépourvue de consistance,

grise, gélatineuse, se laissant aller au gré des flots. Elle ressemblait, dit-il, à une vieille loque, et donnait assez l'impression d'un vieux parapluie fermé : il nous montra cette chose ainsi qu'au vieux marin qui manœuvrait notre embarcation...

C'est la Pieuvre ! (dans les îles normandes l'habitant du sol, le paysan et l'homme de mer parlent encore le vieux français et le patois normand) s'écria aussitôt le vieillard avec une superstitieuse terreur en voyant l'énorme mollusque céphalopode. C'est la Pieuvre!...

C'était elle, en effet, qui semblait n'attendre que cette exclamation pour développer complètement ses immenses tentacules longs et souples comme des serpents et armés de suçoirs. Elle darda de ses grandes prunelles sinistres et flamboyantes, un terrible regard, et, rapide comme l'éclair disparut dans les profondeurs de l'Océan. Nous ne la vîmes plus.

Les pieuvres, grandes, moyennes ou petites, attirées par les homards et les langoustes qui pullulent dans les rochers qui

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entourent l'île de Serk, sont si nombreuses dans ces parages, qu'elles en détruisent des quantités considérables par la chasse continuelle qu'elles leur font dans les creux de rochers qui forment la masse de cette île escarpée autrefois presque inaccessible.

L'île de Guernesey est entourée de hautes falaises et de caps avancés.

Sur l'une des plus élevées de ces falaises, Victor Hugo avait découvert dans le cours d'une de ses promenades une agglomération de pêcheurs vivant là avec leur famille en une assez confortable communauté. Les chaumières étaient tenues par les femmes et les enfants, tandis que les hommes étaient à la mer. Chaque soir, le produit de la pêche et les agrès étaient remontés à la cime des falaises au moyen de cordages et de palans manœuvres par tous les membres de la communauté qui se réunissaient aussitôt que le signal du retour était donné par l'homme dont c'était le tour d'être de vigie.

N'est-ce pas, sans phrases et sans théo-

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ries, la véritable mise en pratique de la mutualité et de la fraternité...

Les efforts réunis et mis en commun de ces braves gens mettaient leurs bateaux à l'abri de la fureur des vagues qui les auraient brisés et dispersés, pendant la nuit, s'ils étaient restés exposés sur ces plages hérissées d'écueils. Victor Hugo avait donné à ce hameau de pêcheurs le surnom de « port au quatrième étage ».

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