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LX I II

LA ESMERALDA

Le succès exceptionnel de Notre-Dame de Paris avait attiré à M. Victor Hugo de nombreuses demandes de musiciens, entre autres d’un musicien illustre, M. Meyerbcer, qui auraient voulu qu’il leur fil de son roman un opéra. 11 s’y était toujours refusé. .Mais M. Berlin lui demanda cela pour sa fille, et il fit par amitié ce qu'il n’avait pas fait par intérêt.

La musique terminée, il y eut une audition préparatoire. La soirée fut précédée d'un dîner, dont étaient MM. Victor Hugo, Eugène Delacroix, Rossini, Berlioz, Antony Deschamps, etc. On remarqua que, pendant tout le dîner, M. Rossini appela M. Delacroix « monsieur üelaroehe. »

LA ESMERALDA

.MM. de Bourqueney, Lesourd, Alfred de Wailly, Antony Deschamps et une nièce de M. Berlin chantèrent des morceaux de l’opéra, qui furent grandement loués. — M. Rossini avait une voix charmante, et chantait volontiers; on le pria de se faire entendre; il résista; M. et madame Berlin le pressèrent; de jolies femmes se mirent presque à ses pieds; il répondit qu’il était enroué et absolument incapable de tirer une note de son gosier, sortit presque aussitôt, et, à peine dans l’antichambre, se mit à entonner un air de ses opéras d’une voix claire et retentissante.

Les répétitions de la Esmeralda se firent dans l’été de 1836. L’auteur des paroles n’y assista pas; il voyageait en Bretagne. A son retour, il fut frappé de la mesquinerie de la mise en scène. Le vieux Paris prêtait aux décorations et aux costumes. Rien de riche ni de pittoresque; les haillons de la Cour des Miracles, qui auraient pu avoir du caractère et de la nouveauté à l’Opéra, étaient en drap neuf; de sorte que les seigneurs avaient l’air de pauvres et les truands de bourgeois. M. Victor Hugo avait donné une idée de décor qui aurait pu faire grand effet : c’était l’ascension de Quasimodo enlevant la Esmeralda d’étage en étage; pour faire monter Quasimodo. il n’y avait qu’à faire descendre la cathédrale. En son absence , on avait déclaré la chose

VICTOR Hl'GO RACONTÉ.

MO

impossible. Ce décor, impossible à l’Opéra, a été fait depuis à F Ambigu.

L’opéra, chanté par MM. Nourrit, Levasseur, Massol, etc., et mademoiselle Falcon, fut applaudi par le public de la première représentation , laquelle fut assombrie par la nouvelle de la mort de Charles X.

Les journaux furent d’une violence extrême contre la musique. L’esprit de parti s’en mêla et se vengea sur une femme du journal de son père. Alors, le public siffla. L’opposition augmenta de représentation en représentation, et à la huitième le rideau fut baissé avant la fin. Tout ce que put le directeur, M. Duponchel, qui devait son privilège à M. Bertin, ce fut de jouer de temps en temps, avant le ballet, un acte où l’auteur avait réuni les principaux morceaux des cinq.

Le roman est fait sur le mot ananlcé; l'opéra finit par le mot fatalité. Ce fut une première fatalité que cet écrasement d’un ouvrage qui avait pour chanteurs M. Nourrit et mademoiselle Falcon. pour musicienne une femme d’un grand talent, pour librettiste M. Victor Hugo et pour sujet Xotre-I)mne de Paris. La fatalité s’attacha aux acteurs. Mademoiselle Falcon perdit sa voix; M. Nourrit alla se tuer en Italie. — Un navire appelé Esmeraltla , faisant la traversée d’Angle-

LA ESMERALDA

terre en Irlande, se perdit corps et biens. — Le duc d’Orléans avait nommé EsmeraUa une jument de grand prix ; dans une course au clocher, elle se rencontra avec un cheval au galop, et eut la tête fracassée.

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