‹ Victor HugoChapitre 45 sur 51 · V-tM O · texte numérisé non relu

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accepté dès ses premiers vers; ce premier succès a grandi de volume en volume; les Orientales, les Feuilles </’ Automne, les Chants du Crépuscule, les Voie intérieures, les Hayons et les Ombres et les Contemplations ont bien eu aussi leurs contradicteurs, mais en minorité; d'ailleurs, les contradicteurs des livres n’ont pas la puissance de ceux des drames; ils n'ont pas le sifflet, avec lequel trois ou quatre ennemis peuvent percer les applaudissements de toute une salle, déconcerter les acteurs, interrompre l’émotion, déformer la pièce; ils ne peuvent pas faire tomber la toile avant la fin; le livre, attaqué, nié, insulté, continue; le lecteur sympathique n’est pas troublé par le lecteur malveillant, les articles furieux sont souvent ceux qui font le plus lire l’ouvrage, et les éditions se multiplient avec les invectives.

Je n’ai donc rien d’important à dire sur les Rayons et les Ombres, ni sur le Rhin, et je passe tout de suite aux Rm-graves, dont les représentations ont été le dernier épisode de la vie théâtrale de M. Victor Hugo.

Les Burgravcs furent écrits en octobre 1842 et lus au comité de la Comédie-Française le 20 novembre. L’auteur, cette fois, n’eut qu’à se louer du théâtre; les acteurs, le directeur, M. Buloz, le secrétaire, M. Vertcuil, tout le monde lui prêta

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un appui loyal. Mais il rencontra une grande hostilité dans une portion du public.

La politique s’en mêla. J'ai dit que M. Victor Hugo avait vu dans la nouvelle royauté, née d’un compromis entre la tradition monarchique et le droit révolutionnaire, une transition utile de la légitimité royale à la souveraineté populaire. Déjà républicain en théorie, il n’avait pas d’objection actuelle contre Louis-Philippe. Pourvu que la monarchie consentit au progrès, il ajournait volontiers la république. Il n’était même pas dans l’opposition constitutionnelle enrégimentée. La lettre suivante, écrite à M. Thiers en juillet 1833, exprime la situation d’esprit où il était resté :

« Monsieur le ministre ,

« Cen’est point pour une affaire personnelle que je vous écris, c’est dans l’intérêt d’un autre, c’est dans le vôtre même, car je crois qu’on rend service à un ministre en lui indiquant les occasions de bien employer le pouvoir.

« La chose, d’ailleurs, est simple et facile à faire. La voici :

« M. Anthony Thouret, ancien rédacteur en chef du journal la Résolution de 1850, a encore en ce moment vingt-un mois de prison à subir pour délit de presse. Il est à la Force. Je viens de le

voir; il est, vraiment et sans déclamations, maltraité, privé de tout, courbé sous le règlement uniforme qui régit les voleurs et les galériens. Mais ce qui frappe le plus durement M. Thouret, c’est qu’il est privé de voir sa famille, qui habite Douai, sa famille, c’est-à-dire les trois tètes les plus chères et les plus sacrées, sa mère, sa femme, son enfant. 11 y a une prison à Douai. 11 a écrit à M. le garde des sceaux pour obtenir d’y être transféré. M. le garde des sceaux l’a renvoyé à vous, monsieur le ministre. Sa demande est sous vos yeux. Permettez-moi de vous la recommander. Ce n'est point une grâce qu’il sollicite. 11 ne demande pas une diminution ni une commutation de peine. Il demande qu’on lui permette de voir et d’embrasser quelquefois sa vieille mère de soixante-treize ans, sa jeune femme, son petit enfant malade. Vous ne lui refuserez pas cela.

« Moi (jui vous écris, monsieur le ministre, je n’appartiens à celle heure, Dieu merci! à aucun parti politique défini. Je les regarde tous faire avec impartialité, plein d’amour pour la France et pour le progrès, applaudissant tantôt le pouvoir, tantôt l’opposition, selon que l’opposition ou le pouvoir me semblent bienagir dans l’intérêt du pays. Je ne suis d’aucun parti, dis-je; je désire ardemment qu’ils finissent par s’entendre tous; en attendant, je pense que le meilleur conseil à donner à ceux

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qui onl le pouvoir, c’est qu’ils traitent bien ceux qui ne l’ont pins et ceux qui ne l’ont pas encore.

« Recevez, monsieur le ministre, l’assurance de ma considération distinguée. »

Le Roi s'amuse interdit quatre mois après cette lettre avait donné à l’auteur un moment de colère, mais il avait bien vite repris son calme et son indulgence. En janvier 1834 ( Étude sur Mirabeau), il redisait : « A l’heure où nous sommes, toute critique est possible; mais l’homme sage doit avoir pour l’époque entière un regard bienveillant. II doit espérer, se confier, attendre. Il doit tenir compte aux hommes de théorie île la lenteur avec laquelle poussent les idées; aux hommes de pratique, de cet étroit et utile amour des choses qui sont, sans lequel la société se désorganiserait dans les expériences successives; aux passions, de leurs digressions généreuses et fécondantes ; aux intérêts, de leurs calculs qui rattachent les choses entre elles à défaut de .croyances; aux gouvernements, de leurs tâtonnements vers le bien dans l’ombre; aux oppositions, de l’aiguillon qu’elles ont sans cesse au poing et qui fait tracer au bœuf le sillon ; aux partis mitoyens, de l’adoucissement qu’ils apportent aux transitions; aux partis extrêmes, dé*l’activité qu’ils impriment la circulation des

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idées, lesquelles sont le sang même de la civilisation; aux amis du passé, du soin qu’ils prennent de quelques racines vivaces; aux zélateurs de l’avenir, de leur amour pour ces belles fleurs qui seront un jour de beaux fruits; aux hommes mûrs, de leur modération; aux hommes jeunes, de leur patience; à ceux-ci, de ce qu’ils font; à ceux-là, de ce qu’ils veulent faire; à tous, de la difficulté de tout. »

Quatre ans après (juin 1837, préface des Voir intérieures) , il avait toujours le même but: « Être de tous les partis par leur côté généreux, n’être d’aucun par leur côté mauvais. » En 1840 ( les Rayons el les Ombres , préface), il assignait encore cet idéal au poète ; « Nul engagement, nulle chaîne. La liberté serait dans ses idées comme dans ses actions. Il serait libre dans sa bienveillance pour ceux qui travaillent, dans son aversion pour ceux qui nuisent, dans son amour pour ceux qui servent, dans sa pitié pour ceux qui souffrent. Il serait libre de barrer le chemin à tous les mensonges, de quelque part ou de • quelque parti qu’ils vinssent; libre de s’atteler aux principes embourbés dans les intérêts; libre de se pencher sur toutes les misères; libre de s’agenouiller devant tous les dévouements. Aucune haine contre le roi dans son affection pour le peuple. •>

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