Moniteur du 10 juillet
3. Le Moniteur du 10 juillet 1850. — L'Opinion publique, k. Actes et Paroles, t. I, p. 311.
Qu'était-ce donc que ce fameux discours du 12 juin — ou plutôt, pour être exact, du i4 juin 1847, — dont révocation suffisait pour obliger le duc de Montebello à courber le front et à garder un silence humilié ? C'était le discours en faveur de la rentrée en France de la famille Bonaparte, consacré tout entier à célébrer les gloires de l'Empire, ce qui n'était pas, j'imagine, pour couvrir de confusion le fils du maréchal Lannes ! C'était le discours où Victor Hugo avait dit : « Quant à moi, je suis par moments tenté de dire à la Chambre, à la presse, à la France entière : Tenez, parlons un peu de l'Empereur, cela nous fera du bien 4 f » Quand l'orateur de la Montagne évoquait le souvenir de cette harangue ultra-bonapartiste, le duc de Montebello, certes, avait bien le droit de rire.
Quelques instants plus tard, c'était la Chambre tout entière, de la droite à l'extrême gauche, qui A ïait aux dépens du poète. Il avait demandé la parole et prononcé son discours à l'occasion d'un amendement de M. Savoye, un montagnard comme lui. Lorsque celui-ci voulut parler à son tour, on lui cria de la droite : — Mais vous avez cédé votre tour de parole à M. Victor Hugo t — et le malheureux Savoye de répondre : « J'en appelle à la conscience de tout le monde. M. Victor Hugo n'a pas dit un seul mot de mon amendement** » La Chambre se pâma :
Nulle voix ne peut rendre et nulle langue écrire Le bruit que fit alors la' ftmpête du rire.
Peu de semaines après cette séance du 9 juillet, Victor Hugo fut amené à prononcer un discours littéraire. Honoré de Balzac mourut le dimanche 18 août i85o, à
1. Sur le discours du 44 juin 1847, voir ci-dessus chapitre vi.