Séance du 49 juillet 1851. (Moniteur du 20 juillet
restait inéligible, le poète n'avait-il pas les des chances de le remplacer à l'Elysée au mois "»2 ? Les colères mômes de la droite ne le désiles pas aux suffrages de tous les républicains?
longtemps attendue était proche; il touchait patiemment poursuivi, si passionnément désiré:
ne un aigle arrivé sur une haute cime, lit tout joyeux avec un air suhlime ; îvcuirl l'avenir! l'avenir est à moi 1
K-Décembrc le réveilla de son rêve.
t l'histoire du coup d'Etat de Louis Bonaparte îé pour titreàson livre: Histoire d'un crime 1 . «ans doute, le a Décembre fut un crime ; mais si, est-ce que Victor Hugo n'a pas été pour dans son succès? N'avait-il pas, de i83oà 1848, îc enthousiasme les grandeurs de l'Empire?
pas dressé des autels à Napoléon et chanté le • l'Empereur? En i848, n'avait-îl pas béni la i, qui rendait enfin les Bonapartes à ses vœux? embre, n'avait-il pas été le plus ardent chamcandidature napoléonienne? Qui plus que lui, ix ans, avait travaillé à rendre odieuse et impo- .ssemblée nationale, seul obstacle aux desseins lapolcon? Et en même temps, par ses déclamas excès de langage, ne lui avait-il pas rendu l'effrayer le pays, de le disposer à se jeter dans un sauveur? Victor Hugo a été, en réalité, ncipaux artisans du coup d'Etat : c'est là un
'. Sun crime, par Viclor Hugo, deuï volumes in-8,
titre que ne lui enlèveront ni les Châtiments, ni Napoléon le Petit, ni V Histoire d'un crime. Le coup d'Etat une fois accompli, et accompli par sa faute, il a protesté, il a résisté. Il convient assurément de lui en savoir gré, — tout en reconnaissant qu'il lui était bien difficile de faire autrement. Pouvait-il, lui, le plus en vue des membres de la Montagne, le plus violent des orateurs de l'extrême gauche, pouvait-il faire moins que M. Charamaule, M. Maigneou M. Versigny?
Le préfet de police, M. de Maupas, ne lui avait pas fait l'honneur de le faire empoigner dans la nuit par ses commissaires; il l'avait laissé libre, comme il laissait libre M e Grémieux, ne jugeant pas le poète plus dangereux que l'avocat. Victor Hugo a voulu montrer que « le préfet de Maupas » n'y entendait rien ; il a écrit deux volumes pour établir qu'il était bel et bien un foudre de guerre. Pendant six cents pages, il promène son lecteur à travers les rues de Paris, il remue les pavés, il dresse des barricades, — mais il n'y monte pas. Non certes qu'il ne fasse rien ; il écrit des proclamations, il rédige des appels aux armes, il prend des notes au crayon pour son livre 1 ! Je sais bien que ce crayon était celui de Baudinl! Mais c'est égal, M. de Maupas n'était point tant sot d'être bien tranquille à son endroit. Celui-là ne se fait pas tuer qui prend des notes un jour d'émeute. Et pourtant il y a deux ou trois moments., dans l'Histoire d 9 un crime, où le lecteur redoute une catastrophe. Le 2 Décembre, à trois heures de l'après-midi, le poète prend sur la place de la Bastille l'omnibus de la Madeleine, en compagnie de son collègue Arnaud (de l'Ariège)
d . « Tout en marchant, j'écrivais des notes au crayon (avec le crayon de Baudin que j'avais sur moi); j'enregistrais les faits
Sêle-môle. » Histoire d'un crime, t. II, p. 56, au chapitre intitulé: la visite aux barricades.
i proscrits italiens, Carini et Montanelli... Maïs ntemlre lui-môme.
lans le cœur le regret amer de l'occasion échappée é me disais que dans les journées décisives ces
viennent et ne reviennent pas. Il y a deux 'héories ion : enlever le peuple ou le laisser arriver. La ?tait la mienne ; j'avais obéi, par discipline, à la e me le reprochais. Je me disais : le peuple s'est jus ne l'avons pas pris. C'est à nous maintenant, us offrir, mais de faire plus, de nous donner. ni l'omnibus s'était mis en marche. Il était plein, s place au fond à gauche ; Arnaud (de l'Ariège)
s à côté de moi A mesure que l'omnibus avan-
i centre de Paris, la foule était plus pressée sur le
Quand l'omnibus s'engagea dans le ravin de la t-Martin, un régiment de grosse cavalerie arrivait verse. Au bout de quelques secondes, ce régiment Lé de nous. C'étaient des cuirassiers. Ils défilaient
.roi et le sabre nu Subitement le régiment Si
In s'arrétant, il arrêta l'omnibus. Les soldats étaient vions sous les yeux, devant nous, à deux pas, leurs ressant les chevaux de notre voiture, ces Français !S ma melouck s, ces citoyens combattants delagrande e transformés en souteneurs du bas-empire. De la étais je les touchais presque. Jen'ypus tenir. aï la vitre de l'omnibus, je passai la tête dehors 'anl fixement cette lijne épaisse de soldats gui me ont. je criai: — À bas Louis Bonaparte 1 Ceux tt les traîtres sont des traîtres I
cri que j'avais poussé, Arnaud s'était retourné :nt; il avait, lui aussi, abaissé sa vitre, et il était ■corps de l'omnibus, le bras tendu vers les soldats,
: A bas les traîtres!
; les traîtres I crièrent Carini et Montanelli. 19 le dictateur I A bas les traîtres ! répéta un géné- ) homme que nous ne connaissions pas et qui était é de Carînî.
ptîon de ce jeune homme, l'omnibus tout entier sentie terreur.
— Taisez-vous ! criaient ces pauvres gens épouvantés ; vous allez nous faire tous massacrer !
L«s soldats écoutaient dans un silence sombre. Le brigadier, l'air menaçant, se tourna vers nous et agita son sabre. La foule regardait avec stupeur.
Que se passait-il en moi dans ce moment-là ? J'étais
dans un tourbillon. J'avais cédé à la fois à un calcul, trouvant l'occasion bonne, et à une fureur, trouvant la rencontre insolente. Une femme nous criait du trottoir : Vous allez vous faire écharper. Je me figurais vaguement qu'un choc quelconque allait se faire, et que, soit de la foule, soit de l'armée, l'étincelle jaillirait. J'espérais un coup de sabre des soldats, ou un cri de colère du peuple. Mais rien ne vint, ni le coup de
sabre, ni le cri de colère Un moment après le régiment
s'ébranla au galop et l'omnibus repartit *.
Victor Hugo n'a point inventé de toutes pièces la scène de l'omnibus. Seulement, le rôle qu'il se donne n'est point précisément celui qu'il a joué. Mon témoin ici est Arnaud (de l'Ariège) lui-même, qui, après avoir lu ce chapitre de l'Histoire d'un crime, disait en souriant à son ancien collègue M. Albert de Rességuier : « C'est moi, et non Victor Hugo, qui ayant baissé 1k vitre de l'omnibus et passé dehors la tête et la moitié du corps, me mis à haranguer le régiment et ses officiers, en protestant, de toutes mes forces, contre la violation de la Constitution et la trahison du président Bonaparte. Pendant ce temps, Victor Hugo, assis près de moi, me tirait par le pan de ma redingote en me répétant: — Mais taisez vous donc! Taisez-vous donc! vous allez nous faire massacrer* t »
1. Histoire d'un crime, t. I, p. 155, au chapitre intitulé : l'Iris cident du boulevard Saint -Martin.
2. Lettrede M. le comte Albert de Rességuier, du 16 mars 4891. — « Voici, m'écrit M. de Rességuier, en me transmettant ces détails, voici l'affirmation très nette, très précise que mon très véridique ancien collègue et ami. Arnaud (de rAriège , i, opposait * au récit de Victor Hugo. » M. Albert de Rességuier a été le collègue de Victor Hugo et d'Arnaud (de l'Ariège) aux Assemblées constituante et législative.
Quelques heures après Y incident du boulevard Saint- Martin, Victor Hugo allait bravement au-devant d'un autre péril. A la tombée de la nuit, il pénétrait, rue de la Roquette, dans lamère-boutique d'un marchand de vins, s'v rencontrait avec un ouvrier mécanicien, « vêtu d'un paletot et coiffé d'une casquette ». Le dialogue suivant s'engage entre l'ouvrier et le représentant du peuple :
L'ouvrier mécanicien alla à la porte de la rue, s'assura qu'elle était bien fermée, puis revint et dit :
— 11 y a beaucoup d'hommes de bonne volonté. Ce sont les chefs qui manquent. Ecoutez, citoyen Victor Hugo, je puis vous dire cela, à vous. Et il ajouta en baissant la voix:
— J'espère un mouvement pour cette nuit.
— Où?
— Au faubourg Saint-Marceau.
— A quelle heure ?
— A une heure.
— Comment le savez-vous ?
— Parce que j'en serai.
Il reprit :
. — Maintenant, citoyen Victor Hugo, s'il y a un mouvement cette nuit dans le faubourg Saint-Marceau, voulez-vous le diriger ? Y consentez-vous ?
— Oui.
— Avez-vous votre écharpe ?
Je la tirai à demi de ma poche. Son œil rayonna de joie.
— C'est bien, dit-il, le citoyen a ses pistolets, le représentant a son écharpe. Tout le monde est armé.
Je le questionnai :
— Etcs-vous sûr de votre mouvement pour cette nuit ? Il me répondit :
— Nous l'avons préparé et nous y comptons.
— En ce cas-là, dis-je, sitôt la première barricade faite, je veux être derrière, venez me chercher.
— Où?