‹ Victor Hugo après 1830 (volume 2)Chapitre 131 sur 138 · Les Feuilles d'automne : la Prière pour tou · texte numérisé non relu

Les Feuilles d'automne : la Prière pour tou

er,0 VICTOR HUGO APRÈS 1830

escortait le char funèbre jusqu'aux limites de son territoire. A Monceaux, à Milly, les paysans se firent ouvrir le corbillard pour jeter de l'eau bénite sur le cercueil; les femmes l'embrassaient avec des sanglots et disaient : « Qu'allons-nous devenir? Nous avons perdu notre bon monsieur ! » Au terme de la route, à Saint-Point, on posa un moment le cercueil sur le seuil de la maison du maître, où des laboureurs le prirent pour le porter à l'église. Les prières dites, on se dirigea vers la chapelle où le mort avait dès longtemps marqué sa place. Sur une tenture noire brillait l'inscription de la reconnaissance populaire : Ses bienfaits ne sortiront pas de nos cœurs.... Le long* de l'arceau resplendissait, en lettres de bronze, la sainte parole : Speravit anima mea l

« Aucun discours ne fut prononcé. Seule, la cloche sainte mêla à la voix du prêtre sa voix triste, et joyeuse pourtant :

Si quelque main pieuse en mon honneur te sonne, Des sanglots de l'airain, oh ! n'attriste personne ; Ne va pas mendier des pleurs à l'horizon ! Mais prends ta voix de tête et sonne sur ma tombe Avec le bruit joyeux d'une chaîne qui tombe Au seuil libre d'une prison!

« Le vœu du poète était rempli ; il reposait près de son enfant, entre sa mère et sa femme, dans l'humble cimetière de campagne où dormaient tous les siens *.

« En regard de ces funérailles chrétiennes — les funérailles de Lamartine, — faut-il placer ici celles de Victor Hugo? Faut-il rappeler ces obsèques de théâtre, ce grand défilé d'opéra, ce cortège de cent cinquante mille hommes partant de TArc-de-Triomphe, traversant l'avenue des

1. Souvenirs sur Lamartine, par M. Charles Alexandre, son secrétaire, pp. 396 et suivantes.

APPENDICE ï!

Champs-Elysées, comme autrefois les cendres de l'Emp< reur, au milieu d'une foule immense et d'une immense ai clamation; ces chars magnifiques chargés de couronni sans nombre, et, à leur suite, attirant tous les regards, aussi glorieux que ce char doré, entièrement recouyertd haut en bas d'uo crêpe violet semé d'abeilles, où desaigli déployaient leurs ailes, où quatorze Victoires portaient si une table d'or le cercueil de Napoléon, — le char hun ble et nu, le corbillard du pauvre, où quatre planchi supportaient le cercueil de Victor Hugo; derrière le ce; cueil.les innombrables étendards de la franc- maçonnerie ■ delà libre-pensée, les députations de la province et de l'< tranger, de la ville et de la banlieue, les ministres coi doyant les Rigolos de Montmartre, les sénateurs préc dant les Beni-Boujfe- Toujours; partout, sur les trottoir aux fenêtres, aux balcons, sur les toits, une mer moutoi nante de curieux et de spectateurs ; lorsqu'on arriva a Panthéon, d'où la veille un décretde la République ava chassé sainte Geneviève, vingt et un orateurs., vingt et u discours, grotesques, emphatiques et creux, sans souffl sans émotion, sans style, d'une platitude inouïe, d'il ridicule monumental ; — et au-dessus de ces vaines ri meurs, par une ironie sublime, dominant cette poirq païenne, cette foule affolée, ce cercueil sans prières, di bout, baignée d'air et de soleil, rayonnante, victorieus' cette croix de pierre que les travailleurs de la Républ que n'avaient pu abattre, la croix de Jésus-Christ !

« Depuis ces obsèques du i Br juin i885, trois ans peine sont passés, et déjà de tout ce bruit que reste-t-i! Trois volumes d'œuvres inédites de Victor Hugo ont p; ru 1 , habilement lancés par des disciples qui sont eu:

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