‹ Victor Hugo après 1830 (volume 2)Chapitre 32 sur 138 · Balzac chez lui, par Léon Gozlan · texte numérisé non relu

Balzac chez lui, par Léon Gozlan

é. Voir, dans le Correspondant du 25 novembre 1888, mon.

nCTOH HUGO APRÈS 1830

i, le poète, qui plus tard ne paraîtra prescadémie, était assez assidu aux séances, proposition, un prix de i.5oo francs est Louise Berlin pour un volume de vers tre modeste : les Glanes. Ce lui est une a M"» Berlin, le 16 juin 1842, cette jolie

loit nous remercier, vous et moi, c'est l'Açaus, qui avez la gloire d'avoir fait/es Glane»,

eu l'honneur de lui en lire quelques pa^es, ne vieille d'Académie, qui n'avait jusqu'ici vers, a enfin couronné de la poésie. C'est un

honneur à son grand âge. Armand vous a out cela, n'est-ce pas ï el les glapissements s ses broussailles. L'antique niaiserie clas-

sur son propre terrain et houspillée dans

iir 1 Gloire à vous I En somme, votre victoire s ris des vaincus. C'est peu généreux. Parsont des accès qui me prennent rarement.

rêve, je passe ma vie solitairement sous les sée et avec le souvenir,

rejoindre ma colonie au Havre...

selle, aimez-nous toujours un peu, car nous , cl puis, musique et poésie, faites-nous de oses qui naissent à la fois de votre belle ûme

t datée de Saint-Mandé. Les années

et l'Académie française. — Voir également

îr que les éditeurs des Lettres de Victor Hugo du Live du centenaire des DébaU ont daté

passeront. Le poète verra disparaître ses enfants, l'un après l'autre. Un seul survivra, sa fille Adèle, et lorsqu'il voudra la voir, sachant bien, hélas! qu'elle ne le reconnaîtra pas, c'est à Saint-Mandé qu'il «lui faudra se rendre, « dans la maison de santé de M me Rivet, Grande-Rue de Saint-Mandé, n° 10G *. » Sant lacrymœ rerum.

Le 5 octobre i843, Victor Hugo fut nommé directeur de l'Académie pour le quatrième trimestre de l'année 2 . MM. Gampenon et Casimir Delavigne étant morts sous son consulat, le premier le 24 novembre, le second le 1 1 décembre, c'était à lui que revenait l'honneur de recevoir leurs successeurs.

Saint-Marc Girardin fut élu, en remplacement de M. Campenon, le 8 février i844- On était alors au plus •fort de la lutte pour la liberté d'enseignement. L'Université était violemment attaquée. L'Académie prit parti pour elle. Rédacteur principal du Journal des Débats, professeur applaudi en Sorbonne, M. Girardin était un universitaire de marque. L'Académie le choisit surtout à ce titre et le nomma d'emblée, au premier tour de scrutin, par 18 voix contre 8 données à M. Emile Deschamps

1. Petites Affiches du 7 mars 1882. — Voir dans le Figaro du 30 juin 1882 l'article intitulé : M u * Adèle Hugo, et dans le Curieux, par Charles Nauroy, t. II, p. 378.

2. Victor Hugo, en trois ans, avait été nommé deux fois directeur et une fois chancelier : le 24 juin 1841, Charles Nodier, directeur; Victor Hugo, chancelier; — le 28 juin 1842, Victor Hugo, directeur; Ballanche, chancelier; — le 5 octobre 1843, Victor Hugo, directeur; Charles Nodier, chancelier. — En 1878, le 27 juin, Victor Hugo fut nommé, pour la troisième fois, directeur de l'Académie, en même temps que M. Victorien Sardou était nommé chancelier!

et 7 à Alfred de Vigny. Il vint prendre séance le 16 janvier i845. Le hasard, cette fois encore, servait à souhait les curieux. Victor Hugo avait les critiques en horreur, et Saint-Marc était un critique. Son principal titre était son Cours de littérature dramatique, dont le premier volume venait de paraître, et, dans ce volume, il s'était montré, à l'endroit des romans et des drames du poète, d'une sévérité qui allait jusqu'à l'injustice *. Eu appréciant ce livre, en parlant de son auteur, le chantre A' Olympia allait se trouver à la fois juge et partie. Commentse tirerait-il de cette situation délicate?

Le discours de Saint-Marc Girardin fut simple, modeste, sans phrases, sans brouillamini et sans tintamarre, — tout le contraire de ce que serait dans un instant, le spirituel professeur le savait bien, la harangue de son illustre contradicteur. Il s'inclinait d'ailleurs devant lui, en terminant, avec une courtoisie qui n'allait point sans quelque malice :

Oui, j'aime à dire hautement devant vous, Messieurs, combien, depuis quinze ans que je m'entretiens avec eux, nos jeunes étudiants m'ont rendu facile et doux l'accomplissement des devoirs du professorat ; combien ils m'ont fait chérir ces causeries familières, qui parfois aussi pourtant ont leurs difficultés, car j'y dois critiquer quelquefois ceux que je voudrais toujours admirer. Chargé de diriger la marche incertaine de tant de jeunes esprits, c'est vers l'antiquité ou vers le dixseptième siècle que j'aime à les conduire, comme vers le modèle qui trompe le moins. Mais nous saluons les modernes en passant, et nous y revenons avec empressement, quand nous avons touché le but et affermi notre jugement. Dans nos écoles, Messieurs, nous croyons à la gloire littéraire du dixe siècle, et nous en sommes fiers; nous admirons

. Voir notamment, au tome I" du Cours de Saint-Marc Gin . ch. ii (Angelo), ch. ht (Notre-Dame de Paris), ch, vin s'amuse), ch. xvi (Lucrèce Borgia).

beaucoup et nous espérons beaucoup ; mais nous faisons en sorte d'élever l'admiration par la critique et de féconder l'espérance par l'étude .

- Victor Hugo, en commençant, eut de belles paroles sur M. Villemain, qu'une maladie cruelle éloignait de l'Académie; ce début, dit d'une voix grave et sonore, fut très applaudi 2 . Le prince et la princesse de Joinville, le duc et la duchesse d'Aumale, le duc de Montpensier, assistaient à la séance. Le poète fit devant eux, en ces termes, l'éloge du roi. « Tous font leur tâche et leur devoir, dit-il, l'industriel et le lettré, l'homme de presse comme l'homme de tribune, tous depuis l'humble ouvrier, bienveillant et laborieux, qui se lève avant le jour dans sa cellule obscure, qui accepte la société et qui la sert, quoique placé en bas, jusqu'au roi, sage couronné, qui du haut de son trône laisse tomber sur toutes les nations les graves et saintes paroles de la concorde universelle. »

L'éloge de M. Gampenon ne le retint pas longtemps ; ce fut l'affaire de quinze ou vingt antithèses dans le goût de celles-ci : « 11 fut rêveur dans sa jeunesse, il devint pensif dans ses vieux jours. A ceux qui nous demanderaient s'il fut grand et s'il fut illustre, nous répondrions : Il fut bon et il fut heureux î » Sur ce mot, lâchant son pauvre mort, Victor Hugo déplora le sort que la société fait à la femme, « toujours prête à développer ou une grâce qui nous charme ou une perfection qui nous conseille, acceptant tout du malheur, excepté le fiel, devenant plus douce à mesure qu'elle devient plus triste ». Ce grand lieu commun sur la femme était suivi

i. Voy. le discours de Saint-Marc Girardin au tome I ,r de ses Essais de littérature et de morale.

2. Charles Labitte, Revue des Deux-Mondes, i* r février 1845,

d'un autre lieu commun sur l'Académie, auquel succédait un troisième lieu commun sur « les lettrés, élite des générations » ; — tout cela solennel, démesuré, sans vérité, sans bon sens. Victor Hugo avait l'œil ainsi fait qu'il ne voyait que des choses énormes :

La moindre taupinée était mont à ses yeux.

L'Académie, par exemple, se transformait sous sa plume en une espèce d'Elysée gigantesque et serein, où quarante colosses aux idées pures vivaient ensemble dans la paix et dans la gloire, «dans la religion du beau et de l'idéal, dans la contemplation des maîtres éternels î » L'auditoire, qui avait sous les yeux les quarante colosses, — dont quelques-uns s'appelaient Jay, Jouy, Patin, Etienne, Dupaty, Scribe, Pongerville, Viennet, Baour-Lormian, sans parler de cet ineffable Tissot, qui vendait sa voix à un candidat et la donnait à un autre pour se faire payer deux fois 4 , — l'auditoire se demandait si l'orateur ne se moquait pas de lui, d'autant que la gravité de son débit ajoutait encore à la solennité de son langage. « On pouvait croire, par moments, écrivait le lendemain Sainte-Beuve, qu'on entendait moins Je directeur de l'Académie française s'adressant à un spirituel confrère, que le président d'une loge de francsmaçons recevant un nouvel initié 2 . »

Quant au récipiendaire, il en était à peine question dans la réponse de Victor Hugo. « M. Gampenon faisait partie de l'Université ; l'Académie, pour le remplacer, a

1. Sur M. Tissot et ses singulières pratiques en matière d'élections académiques, voy. Ernest Legouvé, Soixante ans de souvenirs, t. il, p. 279; — Mary Lafon, Cinquante ans de vie littéraire, p. 170 ; — Armand de Pontmartin, Souvenirs d'un vieux critique, t. IX, p. 224.

Page 1