Sainte-Beuve, Chroniques parisiennes
cherché ce que l'Université pouvait lui offrir de plus distingué; son choix, Monsieur, s'est naturellement fixé sur vous. » Et c'était tout, ou à peu près. Saint-Marc Girardin était un des premiers journalistes de son temps; Victor Hugo n'eut pas l'air de s'en douter. De même, sur son Cours de littérature dramatique, pas une ligne, pas un mot. Il réduisit tous ses titres à deux prix académiques, obtenus aux jours de sa jeunesse. De ses leçons en Sorbonne, il ne parla que pour dire qu'il n'en avait jamais entendu une seule : « Moi qui n'ai jamais eu le bonheur d'être du nombre de vos auditeurs et qui le regrette. » Au demeurant, son nouveau confrère n'était, à ses yeux, qu'un envieux et un médiocre; il s'agissait de le lui dire en face, et voici de quelle façon il s'y prit : « M. Campenon, dit-il, avait le goût de V admiration; il était sans envie devant les grandes intelligences comme sans ambition devant les grandes destinées. Il était, chose admirable et rare, du petit nombre de ces hommes du second rang qui aiment les hommes du premier. »
Ces méchancetés n'atteignirent point le but que se proposait leur auteur. « Les personnes qui ont assisté à la séance, écrivait Sainte-Beuve, assurent que M. Victor Hugo n'a pas eu sur M. Saint-Marc Girardin tout l'avantage et toute la prépondérance à laquelle il visait *. » Une amie du poète, M me Théodore Pavie, écrivait de son côté, à la date du 27 janvier :
« Je ne suis pas allée à la réception de Saint-Marc Girardin ; j'ai seulement lu les discours. Celui de Hugo m a semblé beau comme tout ce qu'il fait, mais, au fond, il est peu académique, et l'orgueil de l'orateur se trouve dans plusieurs passages, malgré ce qu'il a fait pour ca-