DE VICTOR HUGO
La mort de M. Pierre Foucher. — Victor Hugo intime. — Premiers discours à la Chambre des pairs. — Sainte-Beuve et M. Jules Simon. — ECRIT EN 1846. — Un faux en écriture... poétique. — Le marquis du G. d'E... — Les parents maternels de Victor Hugo. — Noble homme. — Jean-Franyois Trôbuchet. — Dame Renée-Louise Le Normand du Buisson.
Si Victor Hugo avait tant désiré la pairie, ce n'était pas seulement pour ajouter un nouveau titre à son titre de vicomte ; c'était pour avoir une tribune et pour devenir ministre. Théodore Pavie écrivait à son frère, dans les derniers jours d'avril i845 :
Hier, Mme Hugo est venue nous voir avec sa fille. C'est délicat de la part d'une pairesse. On dit que Hugo demande l'ambassade d'Espagne l Ce qu'il y a de sur, c'est qu'il a le ferme espoir de devenir ministre un jour : qui vivra verra *l
Un nouveau deuil vint frapper le poète presque au lendemain de son élévation à la pairie. Il perdit son beaupère, M. Pierre Foucher, le 26 mai i845. Chef du service de la justice militaire sous la Restauration, M. Foucher avait pris sa retraite en 1828 et avait été remplacé dans ses fonctions par M. de Musset-Pathay, le père d'Alfred de Musset. C'était un homme d'esprit, très lettré
1. Cartons de Victor Pavie : correspondance de Théodore Pavie. 11. 6
:. « J'ai ouï dire, écrivait Sainte-Beuve à 1e sa principale ambition désormais serait ier à Fourqucux *. » Quand il mourut, il imilité, qu'on n'envoyât de faire part à occasion de la mort de son père, M me Vicit à Victor Pavic cette lettre touchante :
9Juin(i845, isicur, votre lettre m'a fait du bien. Quand le est susceptible; la vôtre a si bien compris soulagement m'est arrivé, car vous savez ce on père est mort comme il avait vécu, en ien, entouré de ses enfants. J'ai eu sa deri était son adieu, si ce mot d'adieu peut servir ant dans un autre monde vivent plus que Je n'ai pas eu de désespoir, ainsi que dans 'euve, mais un grand abattement de décou- :onde phase de ces sortes de souffrances. Mon rdi, ce que je ne croyais pas possible. En ;t, il faut lever les yeux en haut ; c'est ce que
en réjouis avec vous, car vos peines sont les ne que vos joies ; le temps ne fait qu'accroître ous ai vouée ; cette amitié s'est doublée avec ligne d'être la vôtre, et vous êtes bien vrai- , comme l'entendaient les saints apôtres, ont bien; mon mari vous serre la main, Mon-
La vicomtesse Victor Hago 3 .
s'est alourdi, ce que je ne croyais pas
7 septembre 1836. — Cartons de Victor Pavie : ib; ^LiiiitO'lieuve.
'. sajenni-.'Sf. ses relation! littéraires, p. 181 . — no a reproduit, dans Victor Hugo intime, de -es et d'intéressants fragments des Souvenirs da
Victor I'avie.
possible... Et cependant il allait s'alourdir encore. Moins de trois mois après l'ordonnance du i3 avril, un bruit se répandait soudain, léger d'abord, « rasant le sol comme hirondelle avant l'orage, » puis s'enflant, grossissant d'heure en heure et remplissant bientôt la cour, la ville, la France entière. Il n'était question de rien moins que de convoquer la Chambre des pairs, alors hors session, de la former en cour de justice, aux termes de l'article 29 de la Charte, pour juger l'un de ses membres, le plus célèbre de tous, Victor Hugo lui-môme.
C'était la mode, en ce temps-là, de tirer sur le roi. Il ne s'agissait pourtant de rien de semblable, mais d'un attentat d'un autre genre, de la nature de ceux qui se dénouent d'habitude devant la 6 e chambre. Force m'est bien de rappeler un fait dont tous les journaux ont retenti, et qui fut, à son heure, un événement. Et puis, pourquo 1 serais-je, en cette circonstance, plus royaliste que le roi? Le roi, ici, c'est Victor Hugo, qui, loin de rougir de l'aventure dont il était le héros, en riait volontiers et aimait à en faire le récit entre hommes, «au fumoir, quand les femmes sont au salon i ». 11 estimait qu' Olympio valait bien Jupiter et pouvait dire, comme lui, du haut de l'empirée:
Mon nom, qu'incessamment toute la terre adore, Efface ici les bruits qui pouvaient éclater.
Un partage avec-Jupiter
N'a rien du tout qui déshonore; Et sans doute il ne peut être que glorieux De se voir le rival du souverain des Dieux *.
Cette aventure, est-ce qu'elle n'est pas racontée tout au long dans un ouvrage publié au lendemain de la
1. Les Confessions de Aliène Houtsaye, t. I, pp. 262 et suiv., 1885. — Le chapitre est intitulé : Histoire d* M. Apolh et de M m9 Aphrodita.