Moniteur du 3 septembre
L'ASSEMBLEE CONSTITUANTE i29
Dans ce même discours du 2 septembre, il faisait encore cette déclaration, qu'il a supprimée dans ses œuvres, mais qui subsiste au Moniteur :
L'Assemblée, l'opinion de la majorité de l'Assemblée, je le pense, n'est pas que l'état de siège soit levé. Ce n'est pas la mienne du moins. Quant à moi, je déclare que je voterai pour le maintien de l'état de siège 1 ...
L'année suivante, la question reparaîtra. En 1849 comme en 1848, Victor Hugo votera pour l'établissement de l'état de siège, et, lorsqu'on parlera de le lever, pour son maintien.
Qu'après de tels votes, — votes publics, plusieurs fois répétés, enregistrés au Moniteur, — Victor Hugo ait osé écrire : « A quelque époque que ce fût, j'ai regardé comme de mon devoir de résister à V état de siège sous quelque forme qu'il se présentât, » — C'EST ROIDE.
Le 25 juin, entre six et sept heures du matin, deux mille insurgés s'étaient portés sur la caserne des Minimes, . située rue des Tournelles, et sur diverses issues de la place Royale. Malgré une vigoureuse défense, les troupes se virent bientôt cernées de toutes parts; les cartouches manquaient, les issues étaient fermées, même le cul-de-sac Guéménée ; on apportait de la paille pour brûler les portes au fond du passage. Tout à coup, on apprend que la caserne des Minimes, qui commande l'une des portes de la place et qu'occupent cinquante hommes de la garde républi-
i. Moniteur du 3 septembre 1848.
caine, commandés par le sous-lieutenant Lebas, vient d'ouvrir ses portes aux insurges. Ceux-ci se précipitent par la rue des Tournelles dans la place Royale; les gardes nationaux surpris se jettent sous les galeries; la mairie est évacuée et cinq compagnies du 18° léger rendent les armes *. Il était huit heures et demie. La maison de Victor Hugo était vide. Depuis la veille, M™ Hugo et ses enfants s'étaient réfugiés chez un ouvrier fumiste, et ils s'y tinrent cachés pendant plusieurs jours '. Cette maison de la place Royale, où Victor Hugo avait vécu seize années, où l'imagination aime ù se le représenter, dans tout l'éclat de son génie et de sa gloire, entouré de sa femme et de ses enfants, avant l'heure des ambitions politiques, des luttes violentes, des haines furieuses, cette heureuse et douce maison ne devait plus le revoir. II allait la quitter sans retour, et ce n'est pas sans émotion que nous nous en éloignons avec lui : cette hégire du poète, au mois de juin 1848, marque la fin des plus belles années de sa vie, de celles où, suivant le mot déjà cité de Sainte-Reuve, il était sous le rayon.
M 10 * Hugo écrivait,le 26 juillet 1848, à Victor Pavie:
Monsieur et bien cher ami, dous nous sommes vus la dernière fois après de si terribles choses que les individus disparaissaient et que, même entre amis les plus fidèles et les plus anciens, tout sentiment semblait atténué, ou tout au moins on était si certain de cet inaltérable attachement, qu'il semblait inutile de le témoigner, dans un moment où toute
i. Procès du sous-lieutenant Lehas, 9 septembre 18*8. — Moniteur du 18 juillet 18*8. — Histoire de ta république de 1848, par Victor Pierre, t. I, p. 387. Ce consciencieux et remarquable ouvrage m'a été très utile pour toute la période qui va de 1848 alSSâ. et je me fais un devoir de reconnaître ici les particulières obligations que j'ai à. son autour.
2. Victor Pavie, sa jeunesse, ses relation» litterairts, p. 268,
question est enjeu, hors celte même affection. C'est l'impression qui m'est restée de votre visite à la place Royale. Ilêtas ! nous l'avons quittée; mes enfants ont eu une si affreuse impression de ces quatre jciurm-es qu'ils n'ont même plus voulu coucher dans cet endroit cii'i ils ont reposé priiiliint p;vs de dix-sept ans, et di.v-sept ans pour eux, c'est l'existence I Nous demeurons rue d'Isly, n" 5, à la Madeleine. Quel bond t Plus d'arbres, plus de fontaines, plus de souvenirs! J'eû suis venue, cher Monsieur, c'est ce qui est affreux, à éviter le souvenir, à éviter la souffrance ; je ne suis pas plus heureuse de me dérober au coup de poignard. Ma maladie a cruellement éprouvé mon cerveau. Je tâche de rassurer ma conscience en me disant que jusqu'ici je n'ai pas été responsable. Je demande que la mémoire me revienne.
Dans la même lettré, M"" Hugo annonçait à Victor Pavie la prochaine apparition du journal de son mari, l'Événement :
... Nos amis fondent donc un journal. Ils voudraient le plus de propagande possible. Ne pourriez-vous, cher ami, vous charger de faire coller avec soin quelques affiche» dans la bonne ville d'Angers f On vous les enverrait francs de port. Je mets ci-joint les noms des rédacteurs et une ligne de mon mari qui vous indique ce que sera le journal. Il a de grandes chances de succès. Répondez-moi; nous comptons sur votre amour pour le bien en cette occasion et sur votre amitié pour ces mêmes rédacteurs.
Crie-t-on les journaux à Angers? Mais ce que l'on cherche avant tout ce sont les abonnés.
Mille tendresses à votre bonne femme,"ei digne de vous, et à vous cette amitié de vingt-cinq ans.
Adèle Vjctoh Hugo ".
L'Opinion publique, au même moment, insérait les lignes suivantes sous la rubrique ; Nouvelles de l'Assemblée: