Cartons de Victor Pavie : correspondance de M" Victor
M. Victor Hugo s'est empressé d'annoncer à ses collègues que samedi prochain il publierait le premier numéro de son journal l'Événement *.
Le premier numéro parut le 3i juillet 1848. En tête se lisait cette épigraphe :
Haine vigoureuse de l'anarchie; tendre et profond
amour du peuple.
Le nouveau journal reposait sur une idée neuve et originale à sa date, que le numéro spécimen indiquait en ces termes :
Un mot sur notre titre. — En général, la presse a, selon nous, un tort grave. En tout temps, dans les jours calmes comme dans les jours révolutionnaires, la politique occupe le premier rang... La première page est vouée à la politique...
Les colonnes sont les membres du journal : l'idée doit luire au front. Il n'est pas indifférent que la pensée soit logée dans la tête ou dans les pieds...
Vous donnerons la place la plus visible à l'événement de la journée, quel qu'il soit... Notre idée est bien simple, et cependant elle n'est encore venue à personne : nous rangerons les faits, non selon l'importance, mais selon l'espèce. Nous mettrons en relief l'incident significatif des vingt-quatre heures.
... L'ouragan passera. Alors la politique ne sera plus toujours le premier mot de notre journal. L'événement, ce ne sera plus le complot, l'émeute, le martyre de l'archevêque: ce sera la découverte utile ou glorieuse, l'exposition des peintres ou de l'industrie, l'apparition d'un beau livre, le procès célèbre, l'éruption quelconque de la pensée ou de la passion de l'homme 2 .
Si le cadre était neuf, si le programme était plein de promesses, pour le remplir, les collaborateurs ne man-