Moniteur du 10 juillet
Le président dut intervenir de nouveau. « Vous prétendezj dit-il à l'orateur, d'une manière g-énérale, qu'on a dit telle chose ; chacun peut prendre votre assertion jjour un fait personnel, et je n'entends plus qu'un démenti universel dans ce moment-ci. » [Oui, oui. Très bien^.)
A cette observation de M. Dupin, Victor Hugo fait surle-champ une réplique triomphante, que l'on peut lire tout au long- au tome l*"' de ses Actes et Paroles. Mais voyez le guignon : les sténographes n'en ont pas entendu un traître mot, et voilà pourquoi le Moniteur est muet. Est-ce que, par hasard, cette foudroyante réplique aurait été improvisée par l'orateur... au bas de l'escalier Àq la tribune ?
Victor Hug-o n'avait aucunement prémédité d'insulter ses collég-ues de la droite, avec lesquels il n'avait cessé de voter depuis un an, avec lesquels il venait de voter une heure auparavant. Il avait simplement supposé une objection, parce qu'il en avait besoin, parce que, faute de cette objection, son discours n'avait pas de raison d'être. Dans sa pensée, ce n'était qu'un artifice oratoire. Il n'en avait pas prévu les conséquences, qui furent considérables. A partir de ce jour-là, en effet, la droite, qui ne l'avait jamais aimé, ne fît plus mystère de l'antipathie qu'elle ressentait à son endroit ^.