‹ Victor Hugo après 1830 (volume 3)Chapitre 121 sur 159 · Les Chàtimenls, passim · texte numérisé non relu

Les Chàtimenls, passim

L'ASSEMBLKE LÉGISLATIVP: 1!)3

J'en passe, ot des meilleurs ! Il n'est pas jusqu'à ce mallieui-eux i^énéral d'Hautpoul (jui, pour avoir pris le portefeuille de la i^uerre dans le cabinet du 3i octobre, n'attrape lui aussi force horions :

Ce ventre a nom dllaulpoul , ce nez a nom d'Argout...

Ours que Boustrapa montre et qu'il tient par la .sangle, Dansez! dansez. Berger, d'Uaulpoul, Murât, citrouilles!

Louis-Napoléon avait repoussé les avances de Victor Hug-o. Après l'exclusion dont il venait d'être l'oltjet, lors de la formation du cabinet du 3i octobre, le poète ne pouvait plus rien espérer du côté de l'Elysée. Moins encore pouvait-il compter sur les sentiments et l'appui de la majorité. Entre elle et lui, depuis la séance du 19 octobre, il y avait de l'irréparable. S'il voulait arriver, et il le voulait plus que jamais, il ne lui restait plus d'autre parti à prendre que de se jeter dans les bras de la gauche. Un autre, à sa place, se rappelant que, la veille encore, il siégeait à droite, n'eût pas dépas.sé les bancs de la gfauche modérée. Mais la g"auche modérée, à ce moment, n'avait aucune chance de ressaisir le pouvoir. Aux élections pour la Lég-islative, elle avait subi un véritable désastre. A peine comptait-elle dans l'Assemblée, sur plus de sept cents membres, soixante-dix représentants. La république socialiste et radicale, au contraire, avait fait passer cent quatre-ving-ts de ses candidats. Tandis que Lamartine, Marie, Garnier-Pag-ès, Armand Marrast, étaient exclus de lanouvelle Chambre, Ledru-Rollin était élu le second dans le département de la Seine et était honoré de quatre autres élections. Félix Pyat était élu trois fois ; Théodore Bac, le sous officier commissaire, II. 13

VJi VICTOR IIL'GO Al'RHS 1830

Michel de Bourges, Mathieu de la Drùme étaient élus deux fois *. Aux élections complémentaires du 8 juillet 1849, à Paris, sauf un nom, celui de M. Goudchaux, la liste républicaine avait été entièrement radicale et socialiste. Sans chefs, presque sans soldats, les républicains modérés cachaient leur humiliation et leur défaite dans Tombre de la Plaine. La crête de la Montagne brillait de.sfeux du soleil levant :

L'aube sur les grands monts se levait frémissante.

Victor Hug-o alla à la Montagne.

Une autre raison encore l'y poussait. Depuis que Ledru-Rollin avait dû gag-ner la frontière, en passant ])ar la petite porte du Conservatoire des arts et métiers, la Montagne n'avait plus qu'un seul orateur, le citoyen Jules Favre. Ni M. Jules Grévy.ni JNI. Joly, ni M. Arag-o fils, ni M. Pascal Uuprat, ni M. Mathieu de la Drôme ne pouvaient compter. Michel de Bourg-es, vieilli, n'avait pu .soutenir la grande réputation qui l'avait précédé. M^ Crémieux n'était que le plus spirituel des avocats. C'était un avocat aussi que Jules Favre, un avocat et un rhéteur. Son talent, certes, était considérable, mais son autorité était nulle. Il avait le don d'irriter la droite, mais sans émouvoir, sans entraîner, sans pa.ssionnerlag-auche. La place, laissée vide par Ledru-Rollin, était donc à prendre : Victor Hugo ne mit pas en doute qu'il la pourrait remplir. Il s'y ajipliqua de .son mieux, mais sans y

1. « Le socialisme avait conquis plusieurs départements dans le Centre : c'était la Corréze, l'Allier, le Cher, la Kièvre, la Creuse, la Dordogne, la Haute-Vienne. En Alsace, il avait fait passer presque tous ses canilidals. Eulin.il était i)resque niailre de la vallée de la Saune et du lUiùne; à part les départements de Vaueluse, du Gard, des llaules-Alpes, de l'Hérault, des Uuuches-du-Rliùne, toute cette région lui appartenait. » Histoire de lu seconde IiéiniLli(jue f'ranraise, par l'ierre de la Gorce, t. II, p. 141.)

roussir. Sans doute, ce que la droite lui avait refusi-, les applaudissements, la louange, l'encens, tout cela, la g-auche le lui donnera et lui fera bonne mesure; mais elle ne le reconnaîtra pas pour son chef, elle ne lui donnera pas sa confiance: s'il ne se souvient plus c|u'il a été pair de France, c{U il a travaillé de toutes ses forces à l'élection de M . Bonaparte et cju'hier encore il siéi^eait à droite, elle ne l'oubliera pas si vite ; elle aura tôt fait d'ailleurs de s'apercevoir que, si Ledru-Rollin était un véritable orateur, toujours sur la brèche, toujours prêt, il n'en allait pas précisément de même avec Victor Hugo, qui n'était prêt, lui, que tous les six mois. En deux ans, du mois de déceml)re 1849 '^^ mois de décembre i85i,il ne prononcera que cinq discours.

Le i5 janvier i85g, il parla dans la discussion du projet de loi sur la liberté d'enseig'nement. Son discours ne fut cju'une loni>-ue personnalité contre Montalcnilx'il, une revanche posthume exercée contie lorateur de la droite, en mémoire de la dure leçon que celui-ci lui avait inflig'ée le 19 octobre 1849- Ti^^insportant à la tril)une les effets de scène et de stvle de la Porte-Saint- Martin, il disait aux membres de la droite:

Votre loi est une loi qui a un masque...

C'est votre habitude. Uuand vous forg-ez une chaîne, vous dites : Voici une hberté ! Quand vous faites une proscription, vous criez : Voilà une amnistie!...

Vous êtes les parasites de rEi>"Iise, vous êtes la maladie de rÉglise. Ig-nace est l'ennemi de Jésus. Vous êtes non les croyants, mais les sectaires d'une reliçion que vous ne comprenez pas. Vous êtes les metteurs en scène de la sainteté.

A propos d'une loi, qui était une loi de liberté, cjui mettait fin à une lutte de di.x ans entre l'Eglise et l'Université, — d'une loi préparée par M. de Falloux, accep-

tre par M. Cousin, défendue par M. Tliiers, Victor Hug-o évoquait Harvey, Galilée, l'inquisition, Torquemada, le parti clérical, les Jésuites ; il accusait la majorité de n'avoir d'autre idéal que celui qu'il résumait en ces mots: « la sacristie souveraine , la liberté trahie, l'intellig-ence vaincue et liée, les livres déchirés, le prône remplaçant la presse, /a nuit faite dans les esprits par l'ombre des soutanes, et les fjénies matés par les bedeaux! »

Les Montag-nards n'avaient jamais été à pareille fête. Félix Pvat lui-même ne leur avait jamais servi un tel rég-al. Bourzat , Ronjat, Cholat, Duprat et Sautayra s'écriaient en chœur:

On n'a que lui qui puisse écrire de ce goût!

Et pourtant, même dans ce discours, il lui était échappé des phrases, des mots où se trahissait le réactionnaire de la veille. A un moment, entre lui et le président Dupin, s'établit ce curieux colloque:

M. LE Président. Par ces expressions, vous attaquez non S3 ibiiint 03 quwous appelez le parti clérical, mais encercla rclig^ion elle-mèni^.

M. V. HuciO. ii cro.ais avoir fait, d."'s les premiers mots, un3 distinction comprise de l'Assemblée. Cette distinction, j'y Insiste en couvrant de ma vénération l'Eglise, notre mère à loiisK

En 1875, ce dialog-ue est remplacé par ces deux lig-ncs : M. le président et M. Victor Hugo échangent un colloque qui ne parvient /)as Jusqu'à nous ^.

En un autre endroit, parlant de M^r Affre, l'orateur s'était exprimé ainsi : « C'est l'archevêque de Paris abordant avec un sourire sublime le faubourg- Saint-

i. Moniteur du IG janvier 18"i0.

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