‹ Victor Hugo après 1830 (volume 3)Chapitre 126 sur 159 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Le Palais-Bourbon et la Coniùdie-Française. Reprise d'Anfjelo. M"= Rachcl. — La mort «le Balzac. — Le procès de Charles Hugo. M. Suin et M. Partarieu -Lafos:^e. Le Père la Rancune. — Le discours sur la revision. Victor Ilugo et la présidence de la République. — Le Deux -Décembre. Histoire d'un crime. Le crayon de Baudin. — Choses noires. Sailabadil- Criscelii. — Le décret du 9 janvier 18o2.

Tandis que Victor Hugo s'efforçait ainsi de jouer les premiers rôles sur la scène du Palais-Bourbon, son nom reparaissait sur l'affiche du théâtre de la rue Richelieu.

M. Arsène Houssaye avait été nommé, le i5 novembre 1849, administrateur de la Comédie-Française. Un jour, il venait de donner Tordre d'envoyer à tous les journaux cette simple Vigne : Le p ri. r des places est augmenté au Tliéàtre Français. Victor Hugo entra. M"'^ Rachel était dans le cabinet directorial. Très poliment, mais avec une froideur g-laciale, le poète s inclina devant la grande actrice, qui lui répondit par un salut presque trag-ique. Comme s'il n'eût rien vu, M. Arsène Houssaye prit un air radieux.

— C'est pour moi, dit-il, une bonne fortune de vous, voir tous les deux dans mon cabinet. Vous m'apparaissez comme les deux svmboles de mon idéal au théâtre :

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le monde antique et le monde nouveau, Eschvie et Sliakespeare.

— Eh bien, dit M"-^ Racliel, la fille d'Eschyle va embrasser Shakespeare.

On s'embrassa de fort bonne grâce. De part et d'autre, on fit assaut de paroles courtoises. L'entrevue dura plus d'une heure. M"*^ Racliel dit à Victor Hug-o qu'elle voulait jouer Aiujelo, Marioii de Lovme, Hernanî, Lucrèce Bor(jia. Elle savait le rôle de la Tisbé ; elle en dit quelques passages avec tant de force et de sentiment que Mctor Hug-o s'écria: « Je retrouve M™^ Dorval avec du style. » Il tendit la main à M. Arsène Houssaje : « Adieu, Thespis, conduisez bien votre char. — Et n'avez pas peur des bâtons dans les roues, ); ajouta Rachel ^.

Angeloïni repris le i8 mai i85o. Tousles rôles étaient excellemment tenus. Voici quelle était la distribution: Aiujelo, Beauvallct ; Rodoifo, Maillart ; Homodei, Maubvini: Anafesto Galeof a, ^IdiÛri^n; La Tisbé, M"'' Pvachel; Catarina Bragadini, M'ie Rebecca ; Reginella, M™'^ Thénard; Z>rt//<t% IM"= Favart. Rachel et sa sœur Rebecca furent admirables. Théophile Gautier écrivait dans son feuilleton :

M"« Rsl)ecca, qui représentait Catarina, jouée autrefois par madame Dorval, n'est pas restée au-dessous de son illustre devancière. Celte jeune sœur de M'Ie Rachel possède un don précieux, le don des larmes; elle en verse et en fait répandre en dépit du paradoxe de Diderot sur le comédien, où il est dit (pie, pour faire éprouver, il ne faut rien sentir. Jamais sensibilité plus communicative n'a soulevé la poitrine d'une actrice. Elle s'est fait admirer à côté de sa sœur, l'éloilc n'a pas été éteinte par le rayonnement de l'astre; ([ue dire de plus- ?

1. Arsène Iloussave, lks Confessions, Souvenirs iTun demisiècle (1830-1880), t. I.

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