L'Opinion publique du 22 mai
3. Comme Montalembert, Victor Hugo avait volé contre la Constitution. Voyez ci-dessus, chapitre vin.
étail ici pour m'enleiulre, jo lui rappoUrrais les antpcédonls de sa vie, toutes les causes qu'il a chaulées, toutes les causes qu'il a flattées, toutes les causes (pril a reniées. {Lo/)(/.f hrnros à droite.)
Mais il n'est plus ici.
C'est une vieille habitude chez lui: comme il se dérobe au service des causes vaincues, il se dérobe aussi aux représailles (ju'on a le droit d'exercer sur lui. {7'rès bien! très tjieri! Ap/)lruiflisse/nenfs redoiilAés sur les Ixinrs de la majorité '.)
A l'ouverture de la séance du 2.3 mai, Victor Hug-o réclama la parole. II avait eu toute la nuit pour préparer sa réplique. Celle de Montalembert suivit immédiatement. Ce fut un combat corps à corps, une lutte épique :
0 chocs affreux! terreur ! tumulte étincelant!
En dépit de son talent, Victor Hug-o fut vaincu. Aussi bien, sa palinodie était là, publique, flag-rante, qui le livrait désarmé à son adver.saire. Montalembert, maître de lui-môme, attaf{uait, le front levé et la main baute, ne perdant aucun de ses coups, fier, dédaigneux, méprisant, comme a droit de l'être le soldat fidèle en face du transfug-e 2.
Montalembert était, avec Berryer, le plus grand orateur de l'Assemblée législative, et il faisait à la tribune
1. Séance du 22 mai 1849. (Moniteur du 23 mai.) — Sur cette séance du 22 mai et sur celle du 2.3, voir deux admirables articles de Louis Veuillot. [Mélanr/es i-eligieux, fii.^tori(jues, politifiues et tillpvair.'s. 1" série, t V, pp. 482-490.) Ces articles, Victor Hugo les avait sur le cu;ur. Pour se venger, il ne lui fallut pas moins de deux pièces des Chdiimenls, de quarante strophes, où le rédacteur en chef de ïUnloers est traité de Zoile Carjol, de Havaitlac. d'espion, de VOLEUR, de gredin. de bandit, de triple gueux, d'assassin et de crapule. C'est de la poésie, je le veux bien, mais c'est aussi do l'épilepsie.
2. Œuvres du comte de Montulemtjert. Discours, t. III, p. 454. — Plus heureux que Louis Veuillot. Montalembert s'en tire, dans les Ctidtiments, avec trente-quatre strophes. Il y est simplement traité de Judas, de Basli/r, de Croate, do touche rhéteur, de renard et de vipère.
iû2 VICTOR HUGO APRÈS 1830
wne autre fig-ure que Victor Hiig-o. Un bon jug-e, M. Désiré Nisard, en a porté ce jugement : « M. Thiers, je l'aurais écouté tous les jours; M. (juizot, les diman- ■ches; M. de Montalembert valait plus qu'eux tous; ce n'était pas un avocat^ ce n'était pas un journaliste, ce n'était pas un professeur; c'était un monsieur, un monsieur qui parlait bien *. » Victor Hugo était un poète qui écrivait bien. Nascuntiir poetœ, oratores Jiunt. Orateur, Victor Hug-o ne le devint jamais ; il ne pouvait pas le devenir, parce qu'il était incapable de s'oublier lui-même, de s'identifiera une cause, de se passionner pour ce qui n'était pas sa personne, son ambition, sa gloire. Et comme sa personne, sa gloire et son <imbition n'intéressaient que médiocrement son auditoire, pas une seule fois il ne l'a remué, pas une seule fois il ne s'est rendu maître de son cœur et de son esprit. Cette préoccupation constante de soi-même, qui se trahissait dans chacune de ses phrases, avait quelque •chose d'irritant. Le sentiment qu'on éprouvait en l'écoutant était un mélang-e d'étonnement, d'admiration — et ■d'impatience. Nul ne se sentit jamais entraîné par la parole de cet orateur qui ne fut, en toute rencontre, que Vavocat de sa cause.
En tête de ses Œuvres oraf aires, Yictor Hug-o a écrit : « Tous les discours de tribune qu'on trouvera dans ce livre ont été improvisés... Celui c[ui parle ici, réserve faite (le la méditation préalable, n'a prononcé dans les Assemblées que des discours improvisés"^. » Comment! •ces long-ues périodes d'une coupe si savante, d'une symétrie si parfaite, d'une correction si absolue; ces méta-
1. Cite par M. EiigùiKï Loutluii, dan» le Journal de Fldiis, l. \\\, p. 3o:j.
-1. V. Hugo, Âct^s et Paroles, t. f, pp. xxxv oL xxxvu.
pliores si paticinmont suivies; ces antithèses qui jamaisne I)ronclient, tout cela aurait. été improvisé dans la chaleur de la lutte, dans le tumulte des Assemblées ! Nul lecteur ne le croira. O^^^'^t aux auditeurs du poète, ils savaient à quoi s'en tenir. Cormenin a dit, dans le Livre des Orateurs, où Victor Hug-o ne fig-ure que pour mémoire: « Victor Hug'o, trop enflé de pensées et de style, n'a jamais été qu'un grand poète et non pas un grand orateur, p ni sq a' il n'improvisait pasK » M. Jules Simon ne s'exprime pas autrement dans ses Souvenirs de iS/fS :
Lfts amis de \'ictoi' Hui^d, ([iii, sur la tin tie sa vie, hii allril)uaieiit tous les n-enres de ««•loire, le traitaieiil de ii,'rand orateur. On a des discours de lui <[ui .sont adniirahlcs. Peiii-on (lire que ce soient des illscoursf Ce sont bien [)lutùt de grandes pag'cs écrites par ce i»-rand poète, (jui maniait la lanç^ue sous toutes SCS formes et sera toujours compté au premier rang- de nos prosateurs. Un' improvisait ])(is : il récitait on il lisait. II en résultait que ses apparitions à la tribune étaient très rai'cs ^.
1. Le Livre des Ornleiivs. par Timon (M. de C(irmonin), t. II, p. 24îi; 19« édition, \8(>9.