Archives de la Comédie-Française
4. M'°= Dorval, qui avait créé, eu 183o, le rôle de Catarina Bragadjui, joua plus tard le rôle de La Tisbé.
tler V- dans un des chapitres de Proji/s cl Cri mares. M""" Rachel est ainsi jug-ée :
Mademoiselle Rachel ne joue pas les drames discutés ; elle jmie les trayrdies consacrées... Elle est l'alliée prudente des batailles il^•a^•nées ; elle aide ceux qui ont réussi.... C'est un talent lâche...
Il lui manque Tinitiative, la spontanéité, Tonyinalité... -Madame Dorval faisait le succès ; elle, c'est le succès qui la
lait Elle tâtonne, elle hésite, elle attend que le spectateur
se prononce Elle ne s'impose pas, elle se propose. Elle
verse son cœur comme les domesti(jues versent à boire, s'arrètant quand on lui dit : assez.
Ce tâtonnement est ce qui a fait le succès de mademoiselle Rachel... C'est une actrice économe qui ne se dépense pas en une fois, qui i^arde ce qu'elle a et qui y ajoute, à qui tous les jours rapportent, qui ramasse un effet comme une Jille d'ordre ramasse une épingle, et (pii finit par en avoir unejolie pelote...
Elle a été funeste à tout, d'ahord au Théâtre-Français, mais c'est bien fait. Elle l'a ruiné en ayant Tair de l'enrichir. Elle faisait de l'arg-ent, mais à la condition de jouer très peu. Elle a eu l'habileté de comprendre que son succès n'était pas un de ces courants intarissables qui coulent largement sans crainte de diminuer: elle restait six mois sans y puiser, elle lui donnait le temps de se refaire et le laissait s'amasser tçoutte à <i;outte dans son réservoir artitîciel.
1. Dans les Demi-le'intes, publiées en lS4.j, M. Auguste Vacqnerie a fait au bon Dieu l'honneur de le comparei' à Victor Hugo. S'adressant à ce dernier, il lui dit sans plus de façons :
Il va sortir de vous un livre ce mois-ci. Une nature encor dans votre tête est née, Et le printemps aura son jumeau cette année 1 Ici-bas et laliaut, vous ^erez deux Seigneurs.
Et un pou plus loin :
Vouç faites votre livre et Dieu fait son prlntcmp », Et, par ce duel tl"égloguc. imité Ja vieux temps, Nous pourrons comp.trer un univers à l'autre.
M. Vacquerie était jeune alors ; il avait un reste de timidité ; pour ne pas heurter trop fort les préjugés régnants, il se résignait à placer sur la même ligne Dieu qui a créé le monde et M. Hugo qui a écrit le lihin; il leur luiitngeait le prix, il les mettait ej-cy^»o. J'imagine qu'aujourd'hui il donnerait à Victor Hugo le prix tout entier.
Que mademoiselle Rachcl ait ruiné inatêrielleinent et moralement le Théàtre-Franrais, nous nous en consolons; c'est
un théâtre de moins, mais il y en a d'autres Mais elle a nui
aussi à l'art. Personne n'a été plus mauvais au drame ; elle a été l'amie de ses ennemis ; ils n'avaient pas de drapeau, elle leur a prêté un linceul! Dans ce momeni, elle est en Amérique ; qu'elle ij reste! qu'elle y réussisse, qu'elle y soit écrasée de dollars, qu'elle s'y plaise, qu'elle y aime Racine, qu'elle l'y épouse et qu'ils y aient beaucoup de trai>-édies !
Elle a été aimée de tous ceux qui n'aiment pas, elle a été l'adoration de toutes les Jiaines, l'admiration des envieux, la reli(jion des athées '.
Le ministère avait déposé, le 21 mars i85o, un projet de loi qui élevait le cautionnement des journaux et rétablissait le timbre. Ce projet était en réalité fort peu menaçant pour les intérêts de la presse; cela n'empêcha pas Victor Hugo, lorsque vint la discussion, le 9 juillet, daccascr le g'ouvernement et la majorité de \ow\oiv tuer l'esprit humain. Ce discours ne fut du reste qu'une réédition de ses discours précédents, une variation nouvelle sur ce vieux thème toujours le même : le g'ouvernement, c'est la majorité ; la majorité, c'est le parti clérical ; le parti clérical, c'est le parti jésuite ; le parti jésuite, c'est... c'est M. de Montalembert. Depuis qu'il siège à la Montagne, Victor Hug-o ne sort pas de là.
Montrant à ses adversaires l'abîme où ils allaient tomber, il parla des avertissements qu'il avait donnés aux deux monarchies. Ses paroles j)rovoquèrent un incident dont, selon sa constante habitude, il a donné, dans ses Œuvres oratoires, une version infidèle. Voici son texte :