‹ Victor Hugo après 1830 (volume 3)Chapitre 13 sur 159 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

Conclusion n'avaient paseu Theur de plaire auxTuileries, et l'on pouvait se demander si Victor Hug-o n'avait pas travaillé pour le roi de Prusse. Il était trop fin cependant pour n'avoir pas prévu que la revendication de la rive gauche du Rhin, surtout dans les conditions où il la proposait, n'ag'réerait g-uère sans doute à Louis-Philippe. Mais ne se pouvait-il pas que, sur ce point, on eût, au pavillon Marsan, une autre pensée et d'autres vues que celles du château? A défaut de l'approbation du roi, ne pouvait-il pas compter sur celle du duc d'Orléans?

Quelques mois à peine s'étaient écoulés depuis la publication du livre de Victor Hug-o, lorsque la catastrophe du 1 3 juillet i842, la mort soudaine du prince royal, vint faire aux espérances du poète une lug-ubre diversion. Il avait été élu, le 28 juin précédent, directeur de l'Académie française; à ce titre, il fut charg-é déporter la parole au nom de l'Institut tout entier lorsque, le 2 1 juillet, l'Institut et les grands corps de lEtat furent reçus, dans la salle du Trône, par le roi entouré des princes ses fils. L'adresse qu'il avait composée et dont il donna lecture était ainsi conçue:

Sire,

L'histitut de France dépose au pied du Trône rexpression de sa profonde douleur.

Votre royal lils est mort. C'est une perte pour la France et pour l'Europe; c'est un vide parmi les intellii>-ences. La nation plcurcjle prince ; l'armée pleure le soldat ; l'Institut regrette le penseur.

Le duc d'Orléans avait compris, 'en effet, que, dans le siècle laborieux et mémorable où nous sommes, être l'héritier du trône de France, ce n'est pas seulement occuper une haute position, c'est aussi e.xercer une grande fonction. Ce que le roi fait pour le présent, le prince royal doit le faire pour Tavenir ; tandis que le père, chargé des destinées actuelles de la

pairie, aug-uste et infatig-able çarJicn de la nationalité et de la civilisation, fait tète aux événements, le fils, prince des g'énérations futures, doit ouvrir son àme aux idées. L'action est le partage du roi, l'étude est le partag-e du prince royal. En attendant l'heure de régner, il faut qu'il médite sans cesse l'histoire de ses aïeux, la tradition de son père, les besoins nouveaux de son pays. C'est ce que le duc d'Orléans avait admirablement senti. Ame haute, calme, sereine, ferme et douce, noble intelligence au niveau de tous les talents, lils de Henri IV par le sang, par la bravoure, par l'aménité cordiale et charmante de sa personne, fils de la Révolution par le respect de tout droit et l'amour de toute liberté ; entraîné vers la gloire militaire par l'instinct de sa race, ramené vers les travaux de la paix par les besoins de son esprit ; capable et avide de grandes choses, populaire au dedans, national au dehors, rien ne lui a manque excepté le temps ; et l'on peut dire que tous les germes d'un grand roi se manifestaient déjà dans ce prince, mort sijeune, hélas ! ([ui aimait les arts comme François I^i', les lettres comme Louis Xl\, la patrie comme vous-même.

Sire, votre sang est le sang du pays ; votre famille et la France ont le même cœur. Ce qui frappe l'une blesse l'autre. C'est avec une inexprimable sympathie que le peuple français fixe en ce moment ses regards sur votre famille, sur vous, Sire, qui vivrez longtemps encore, car Dieu et la France oui besoin de vous; sur cette reine, mère auguste et éprouvée entre toutes les mères ; sur cette princesse, enfin, si française par son cœur et par son adoption, qui a donné à la patrie deux Français, à la dynastie deux princes, à l'avenir deux espérances.

Uue du moins cette affliction universelle soit pour Votre Majesté une sorte dcconsolatlon ! Sire, c'est aussi là une acclamation! La mort fatale du prince eût pu ébranler le trône, ce ieuil public et national consolide la dynastie. La France qui vous consacrait, il y a douze ans, par l'unanimité de son idhésion, vous consacre aujourd'hui une seconde fois par 'unanimité de sa douleur '.

L Moniieur du 22 juillet 1842. — Victor Hugo n'a pas insérù ;ette Adresse au Roi dans ses Acles et Paroles (trois volumes n-8}, où il a cependant recueilli les moindres paroles tombées

Xo'ûk donc tout ce que Victor Hugo avait trouvé devant ce deuil immense et cette effroyable douleur ! Voilà tout ce que lui avait inspiré la mort tragique du prince qui avait été son ami ! Des chevilles et des antithèses ! Un journal se fit l'interprète du sentiment public en cette occasion et apprécia en ces termes la harang-uc du poète :

On aurait dû s'attendre ù voir l'Académie française donner, dans hi douleur où se trouve la famille d'Orléans, l'exemple de ce langag-e à la fois siin[)le et élevé que parlaient nos g-rands orateurs et nos illustres écrivains dans des circonstances analog'ues. La recherche, l'emphase, les faux brillants d'un style tourmenté, les antithèses prétentieuses, qui sont toujours des défauts, sont, en pai'eille occurrence, presque un scundale.La pitié s'adressant à la douleur en taillant sa phrase à facettes et en éciuilihrant des anthithèses, pour enjoliver son deuil, c'est plus qu'une faute de g'oùt, c'est un défaut de cœur^.

Victor Hugo avait d('!couvert, en visitant les bords du Rhin, une véritable mine. Déjà il en avait tiré un livre de voyage, un écrit politique, et une légende, le Beau Pécopin.U y trouva encore le sujet d'un drame, dune trilogie. Les Biirgraves furent écrits en 1842 et lus au comité de la Comédie-Française, non le 20 novembre, comme il est dit dans Victor Hiujo raconté ^, mais le 28 novembre. Ou lit dans le reg-istre de la Comédie-Française :

Le mercredi 28 novembre 1842, à une heure, le comité de lecture, présidé par M. le conmiissaire du roi et composé

fie ses lèvres dans les bureaux du Luxembonrfjr et du l'alaisbourbon ou devant la rrunion dos auteurs dramatiques.

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