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18 VICTOR IIIGO APRÈS 1830
cela fait, « pour que l'Europe soit en équilibre, » agrandir un peu la France et démesaréinent la Prusse, telle était, enrésumé, la Conclusion de VictorHug-o.M. Cuvillier-Fleury lui répondait dans le Journal des Débats:
Vous rendez la rive t^'aurhe du Rhin à la France, en étendant au-dessus de sa tète (je parle votre lançaçe fîg'uré), au lieu de cette Prusse morcelée que les traités ont faite, une Prusse compacte, homofjéne.for/nidable, ({uevous i^rossissez démesurément aux dépens du Hanovre, des deux Mecklemhoure;- et des villes libres, et dont vous mettez le pied sur la Belifique et la main sur les deux mers. Voilà la géographie que vous faites, et dont, pour ma part, je ne veux pas. Je crois qu'il n'est pas de l'intérêt de la France d'avoir de gros États à sa porte, et surtout de les grandir aux dépens des petits, de les fortifier aux dépens des faibles; et j'aime mieux, quoi qu'il nous en coûte, le grand-duché du Bas-Rhin coupé en deux par un fleuve immense et séparé de la Prusse par Cassel, que le grand-duché vigoureusement ressoudé à la monarchie prussienne par l'absorption de la Hesse électorale, et formant cette fois un contre-fort à peu près indestructible contre nous. « La Prusse, dites-vous, telle que les congrès l'ont composée, est mal faite! » Le grand malheur, en vérité ! Et c'est vous qui voulez refaire la Prnsse contre la France^ vous qui lui donnez des ports sur l'Océan, qui lui incorporez le Hanovre, qui reculez ses frontières, qui décuplez sa puissance morale ! Et pourquoi ? Pour avoir le département (Ui Mont-Tonnerre '.
Ne vons semble-t-il pas, comme à moi, que cette pag-e, écrite en 1842, fait grand honneur à M. Cuvillicr-Fleury? Quant à Victor Hugo, on voit qu'il a été le premier en
\. Journal des Débats du 31 mars 1842. — Dans son volume Voyages et voj/ngeur.i, M. Cuvillior-Fleury a reproduit cet article, avec ce titre : M. Victor Hugo sur les bords du Rhin. — Louis Venillot, dans VUniiers dos 2, 3 et 6 février 1842, publia trois articles intitulés ; rOliuvre de Victor Hugo en 1S4'2. — f.e Rhin. Ces belles et fortes pages ont été reproduites, en 1886, dans les Etudes sur Victor IIugo, par Louis Veuillot.
France, • — le premier après Voltaire, — à désirer, ;i célébrer raoTandissenient de la Prusse. Est-ce donc pour cela que, dans une apothéose imbécile, Paris l'a mis au Panthéon, comme Voltaire?
Un jour viendra où Victor Hug-o traitera les rois de jiions/res, de banc/ ils, do tigres, de vanipires.où iWescomj)areraà des poux sur une souquenille immonde. Il n'en allait pas de même en 1842. Il s'ag-issait alors pour le jioète de se faire nommer pair de France, de devenir ministre du roi, et il écrivait : « Rien n'est plus facile aujourd'hui que d'insulter les rois. L'insulte aux rois est une /laiterie adressée ailleurs. Or, flatter qui quece soit de cette façon, en haut ou en bas, c'est une idée que celui qui parle ici n'a pas besoin d'éloigner de lui ^. » Il di-sait «. hautement et en pleine conviction » que jamais, en aucun temps, les peuples n'avaient eu d'aussi bons princes 2. S'il combattait la politique anglaise et la politique russe, cela ne l'empêchait pas de saluer V avènement béni de la i^eine Victoria 3, de s'incliner devant Nicolas h^, « le noble et pieux empereur '' ». Quant au roi de Prusse, Frédéric-Guillaume IV, voici dans quels termes il en parlait: « La Prusse marche à de hautes destinées, particulièrement sous son roi actuel, prince g-rave, noble, intellig'ent et loyal ^. »
De l'article de Cuvillier-Fleury, il ressortait assez clairement que les idées développées par le poète dans sa
i. Le Rhin, t. lil, p. 242.