Histoire d'un crime, t. II, p
LE DEUX-DÉCEMBRE 23a
bliquc prononça « l'expulsion du territoire français, pour cause de sûreté g"énérale, de soixante-six anciens représentants de l'Assemblée ». Le nom de Victor Huyo figurait, le quinzième^ sur cette liste de proscription.
J'arrêterai là cette étude. D'ordinaii-e, les biog-raphes se passionnent pour leur héros; ils s'attachent à lui et le suivent jusqu'à la tombe. Je me sépare du mien alors qu'il a dépassé à peine le milieu de la route, nel mezza del cammin di sua vita. Écrire la vie d'un homme, c'est devenir son hôte et s'as.seoir à son foyer ; c'est, pour quelque temps du moins, si g-rand que soit cet homme et si humble que soit son biog-raphe, c'est vivre avec lui d'une vie commune. Cette communauté dévie ne doit-elle pas cesser, lorsqu'à cessé toute communauté d'idées, de principes, de sentiments ? Les années qu'il me faudrait maintenant raconter, le poète les a consacrées à combattre, à insulter tout ce qui m'est cher. Pourquoi me condamnerais-je à le suivre ? La force etlecourag-eme manqueraient...
Au moment de fermer ces pag-es, le lecteur qui a bien voulu m'accompagner jusqu'ici attend peut-être de moi une conclusion. Mais cette conclusion ne se dég-ag-e-t-elle pas, avec une irrésistible clarté, des faits que j'ai rappelés, des documents que j'ai reproduits? Dans la préface de l'édition définitive de ses Œuvres, Victor Hug-o a écrit ces lii>nes : « Il est un don suprême qui se fait souvent seul, qui n'en exig-c aucun autre, qui quelquefois
reste caché, et qui a d'autant plus de force qu'il est plus renfermé. Ce don, c'est l'estime^. »
Le poète avait raison : L'ESTIME, C'EST LE DON SUPREME. Au lecteur de dire maintenant si Victor Hug-o y peut prétendre.
1. OEUVRES COMPLÈTES DE VicTOR HuGo. Edition définitive. J. Hetzel et A. Quantin, 1880, t. P"", préface, p. vu.