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obtenais une seconde, je créerais dans son esprit un doute favorable pour chacun de mes collègues. Comment conquérir cette voix 1
Le 'jour de l'élection, j'étais assis auprès de l'excellent Pongerville, le meilleur des hommes; je lui demandai à brùlepourpoint :
— Pour qui votez-vous ?
— Pour Vatoiit, comme vous savez.
— Je le sais si peu que je viens vous demander votre voix pour Balzac.
— Impossible.
— Pourquoi cela?
— Parce que voilà mon bulletin tout préparé. Voyez : VATOi'T.
— Oh ! cela ne fait rien.
Et sur deux carrés de papier, de ma plus belle écriture, y&CTix'i^: BALZAC.
— Eh bien ? me dit Ponçerville.
— Eh bien, vous allez voir.
L'huissier qui recueillait les votes s'approcha de nous, je lui remis un des bulletins que j'avais préparés. Pongerville tendit à son tour la main pour jeter le nom de Vatout dans l'urne ; mais une tape amicale que je lui donnai sur les doigts fit tomber son papier à terre. Il le regarda, parut indécis, et comme je lui offrais le second bulletin sur lequel était écrit le nom de Balzac, il sourit, le prit et le donna de bonne grâce. »
Et voilà comment Honoré de Balzac eut deux voix au dépouillement du scrutin de l'Académie '.
L'histoire est amusante, mais c'est un conte. L'élection de ^'atout, bibliothécaire du roi [Louis-Philippe, a eu lieu le G janvier 1848. Balzac, ce jour-là, n'a pas eu une
\. Propos de lable de Victor Hugo, recueillis par Rictiard Lcsclide, p. 243. Ce récit a été publié deux fols du vivant même de Victor Hugo, en 1877 et en 1879 . — En 1877, dans la Lune Rousso du 8 mars sous ce litre : Balzac à VAcadinnie (conversations do Victor Hugo recueillies par Richard Lescliiie). Comment Honoré de Balzac eut deux voix quand il se présenta à V Académie française. {Bécit du 2 mars iS77.) — En 1879, dans la savante et si remarquable monographie du vicomte de Spoelberch de Lovenjoul : Histoire des Œuvres de H. de Balzac, p. 399.
seule voix, par l'excellente raison qu'il n'était pas candidat. Il n'y eut qu'un tour de scrutin, et les suffrages se répartirent de la manière suivante entre les cinq concurrents, MM. Vatout, Alexis de Saint-Priest, Gustave de Beaumont, Philaix-te Chasles et Alfred de Musset :
Vatout, i8 voix.
A. de Saint-Priest, 7.
G. de Beaumont, 5.
Philarète Chasles, 2.
Alfred de Musset, 2.
Dira-t-on que le fond de l'anecdote est exact ; que Victor Hugo s'est seulement trompé de date et qu'il a voulu parler, non de l'élection de M. Vatout (6 janvier 1848), mais de celle de M. de Saint-Priest, successeur de M. Vatout, qui eut lieu le 18 janvier 1849, et lors de laquelle Balzac obtint, en effet, deux voix? L'explication ne saurait être admise. En janvier 1849, Victor Hugo n'a pas pu rencontrer Balzac à Paris, dai\s la rue du Faubourg Saint-Honoré, devant l'église, attendu que Balzac était en Pologne depuis le mois de septembre
1848 et ne devait en revenir qu'au mois de mai i85o.
Des notes de Victor Hugo, prises au jour le jour et classées par lui sous cette étiquette : Tas de pierres, les exécuteurs testamentaires du poète ont extrait un volume publié en 1887 sous le titre de Choses vues.
Parmi ces notes, il s'en trouvait une portant cette date: i4 janvier, sans indication de l'année. Victor Hugo y raconte comment Alfred de Vigny et lui ont fait manquer
ce jour-là l'élection de l'Académie. «D'un côté, dit-il, on portait Empis; de l'autre Victor Le Clerc. Nous ne voulions ni de l'un ni de l'autre. Nous avons mis des billets blancs i. » Suivent des détails sur les incidents du vote, sur les voix données, aux divers tours de scrutin, à Emile Deschamps, Alfred de Musset, etc. Il s'ag-issait de remplacer M. de Jouy. Le petit épisode académique auquel se rapportent les pag-es de Victor Hug-o est du i4 janvier 1847. Rien n'était plus facile que d'en déterminer la date ; cela exig-eait tout au plus quelques minutes de recherches. Les éditeurs ont jug"é sans doute que la chose n'en valait pas la peine, et bravement ils ont mis en tête de ce chapitre : 1800.
Je trouve dans les Papiers de Victor Pavie une lettre de Sainte-Beuve, relative à cet incident, et qui renferme de très intéressants détails.
Ce 18 janvier (1847).
\'otre lettre me fait un vrai plaisir. On aime à savoir qu3 les amis tiennent toujours, même de loin, même à travers les distances elles années. Quelques notes connues suffisent pour rendre tout le chant qui est si cher et que pourtant l'on ne chante plus, ^'ous avez senti, me dites-vous, se réveiller votre à/ne antique en lisant Eschyle. Et moi, j'ai senti, en lisant Théocrite ^, se réveiller mon âme pdstorale, cette âme de l'àg'e d'or que tant de couches d'airain et de plomb recouvrent et qui est enfouie au fond de notre passé. Que vous dire d'ailleurs du présent? Nous avons fait manquer l'autre jour l'élection de Le ,CIerc : décidément cet homme est plus universitaire que l'Université; c'est bien rance, comme dirait Amyot, pour l'Académie. Bref, sans nous être concertés, Hug'O, Vig'ny, moi et un ou deux autres, nous avons voté en blanc, et même il y a eu une voix qui s'est amusée à écrire successive-