‹ Victor Hugo après 1830 (volume 3)Chapitre 2 sur 159 · II · texte numérisé non relu

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la seule année i835, il avait reçu de son éditeur 78.000 francs, auxquels il faut ajouter une prime de 4-000 fr. au Théâtre-Français et ses droits d'auteur sur les représentations à'AngeloK En i838, les 78.000 francs de Renduel avaient été sing-ulièrement dépassés. On lit dans le Journal des Débats du 5 novembre : « Nous apprenons que M. Delloye , l'honorable éditeur, vient d'acquérir, avec le concours d'honorables capitalistes, le privilège exclusif d'exploitation des œuvres de Victor Hugo pour dix annnées et pour la somme de trois cent mille francs ". » Aussi bon administrateur de sa fortune que de sa ijloire, Victor Hug-o était désormais assuré qu'elles iraient sans cesse en g-i^ossissant. Il n'avait donc plus que le pouvoir à conquérir ; mais ce but, où la médiocrité parvient si souvent et qui ne se dérobe pas toujours même à la sottise, se rira de son g-énie. Il mourra sans l'avoir atteint.

Et pourtant^ en i84i, au moment où, transfug-e de la poésie, il passait à la politique, où il faisait de son discours à 1 "Académie un discours-ministre, il semblait qu'il eût pour lui toutes les chances. N'était-il pas l'ami du prince royal, le poète delM"'^ la duchesse d'Orléans? Il n'}- avait pas de réceptions aux Tuileries sans qu'il y

i. Voyez tome I. chapitre viii.

2. Journal des Débals du '6 novembre d838. — La Mode disait, de son c6lé, dans son numéro du 3 novenibre : « Voici quels seraient les termes de ce traité. M. Victor lln^ro aurait cédé à un libraiie-éditeur le droit de jiuLJier pendant dix ans les ouvrages qu'il a déjà fait paraître en s'engageant à en livrer trois nouveaux dans le même fiélai. A l'expiration des dix années, M. Victor Hugo rentrerait dans la proj>riété de ses œuvres. Cette cession aurait été faite moyennant la sonmie de 300.000 fr., dont 100. ÛOO fr. jiayés cunqitant, et le reste dans deux ans. » — D'après Vicier Hugo raconté (t. H, p. 468), le traité avec M. Delloye comprenait, outre les œuvres complètes, Ruy-B/as et deux volumes inédits; il était fait pour une durée de onze ans; le prix convenu était de 240.000 francs.

fût invité. Dîners, bals, concerts, il était de toutes les fêtes. M. Théodore Pavie raconte qu'un jour le hasard lui avant fait rencontrer Victor Hug-o dans la rue Saint- Honoré, celui-ci le prit sous le bras et lui dit : « Il me faut une cravate blanche pour dîner ce soir aux Tuileries ; venez avec moi en choisir une. » On entra dans une boutique. « La demoiselle de mai^asin, fort jolie personne, en passant au cou de Victor Hug-o le collier de soie pour le lui essayer, parut frappée de la beauté de la tête et du lai'ge front du g-rand poète, qui s'en aperçut * . »

Une autre fois, Victor Hug-o assistait à un concert à la cour, eu compagnie de Charles Nodier. Le duc et la duchesse d'Orléans eurent pour eux toutes sortes d'attentions délicates, si bien qu'en s'en allant Nodier ne put s'empêcher de dire : « Ma foi, si c'est pour nous donner des princes si aimables, vive l'usurpation ^ ! «

Victor Hug'o n'était pas seulement l'hôte des soirées officielles, un habitué des mardis du pavillon Marsan ; il était des réunions plus discrètes réservées aux intimes. On appelait le salon où elles se tenaient la Cheminée du duc d'Orléans ; plus tard et tout court : la Cheminée. On se disait : « Irez-vous demain à la Cheminée ? Vous trouviez-vous à la dernière Cheminée ^ ? »

L'opposition ne chômait guère en ce temps-là ; les petits journaux surtout faisaient rag-e. Ils braquaient leur lorg-nette sur la fumée qui sortait de la Cheminée du duc d'Orléans, y découvraient toutes sortes de fantômes et s'amusaient à les décrire. Le 19 juin i84i,quinzejours

1. Victor Pavie, sa jeunesse, ses relations littéraires, par Théodore Pavie, p. 267.

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