‹ Victor Hugo après 1830 (volume 3)Chapitre 22 sur 159 · Théophile Gautier · texte numérisé non relu

Théophile Gautier

36 YJCTOR IILGO APRÈS IS30

prciuière commuaion... Cette conversation était comme il'ordinaire percée en maints endroits par des questions intermittentes de M'"e Husro sm* ta femme, sur tes enfants, sur le père, sur toi. Tu sais ; dans les spectacles marins, un sfros vaisseau passe sur une mer asritée où rien ne motive sa présence ; on le suit de Tœil et tout à coup psic/it... boum! le feu de la lumière et le canon. Ainsi les soirs où M'U'^ Husto, trônant devant son feu, accueillante et distraite, rêvant et non rêveuse. Sl^ laisse aller à la p.^nte de ses idées. Dédé, belle à ravir; DiiHif, ayantson typeà part de fine délicatesse; Toto ', boutonné jusqu'au menton dans une a:uple lévite d'où sort sa tète amaia:rie, trop sendjlable à celle du erand-père Fouch^r; enfin on le croit sauvé •. L? fait est qu'il est plus vif, plus étonnant que jamais, identique à son père par le sreste et Taccent. définitivement plus empereur que Charles; Sainte- Beuve a raison de dire ; c'est le plus compromis ! Lo père avait les cheveux frisés au fer, un jabot ; il racontmt les dixhuit blessures reçues par son oncle Louis Hug^o dans le cimetière d'Eylau ; ce jour-là Murât charj^eait les Cosaques avec sa cravache ^...

La fille aînée du poète, — cette Didine, dont Théodore Pavie disait qu'elle était « bien belle » et qu'elle avait i( sou type à part de fine délicatesse »; dont Sainte- Beuve di.sait, de son côté, quelle était « charmante, sensée, fine, discrète et au-dessus de son â^e * ». épousa, le 1 5 février i843, M. Charles Vacquerie. Elle avait dixneuf ans. (t L'avant vue toute petite, raconte M.Théodore Pavie, nous la tutoyions, elle et les trois autres enfants, sans nous apercevoir qu'elle était déjà bonne à marier. En 1843, un soir que nous allions rendre visitej nous entendîmes un g-rand bruit dans la .salle à manirer. « Qu'y a-t-il donc ? » demandai-je à la servante qui nous

\. François-Victor, f. Il relevait d'une grave maladie.

."?. Carions de Victor Pavie : correspondance de Théodor. Pavie.

i. iuinle-Bcuve, Chroniques parisiennes, p. 114.

iiitro^^lulsait. — « Mademoiselle s'est mariée aujourd'hui. » Ni mon frère ni aucun des habitués de la maison n'étaient avertis. Nous nous retirâmes un peu surpris delà discrétion qui avait présidé à ces noces *. »

Quelques jours auparavant, Victor Hug'o avait écrit à M. Robelin, architecte du g-ouvernement et l'un des plus vieux amis du poète :

Mon cher M. Robelin, nous marions Léopoldine, mercredi prochain, i.j tle ce mois. Il y a loni^-temps ([ue nous vous aurions dit cela, mais vous échappez si bien (ju'il est impossible de vous saisir.

Vous concevez, cher Monsieur, que cette solennité qui se fera seulement entre amis ne peut se passer sans vous, vous, le meilleur des meilleurs ! ce qui n'est pas peu dire. Vous avez assiste à la première communion de. cette chère enfant, Il faut que vous soyez de cette autre cérémonie.

Répondez-moi un mot. La messe se dira à neuf heures, dans résflise de Saint-Paul. Notre diner comme d'habitude aura lieu à sept heures.

Votre dévoué et vieil ainl.

V'' ^'ictor IIuGO.

Ce vendredi, lO février.

M'"'" Victor Hug-o écrivait, de son côté :

Mon cher M. Robelin, Dkllne nous quitte, en effet, le jour de son marlaa;-e, pour aller habiter le Havre, mais elle ne se plaint pas, je vous assure, elle est heureuse. Soyons-le donc, tous, avec elle.

Nous comptons donc sur vous pour la messe et le dîner. Voici quelques détails touchant l'éci-lise. La messe se dira à miif heures très précises. Vous demanderez à Saint-Paul, notre paroisse, la Chapelle fia Catéchisme. C'est là où se célébrera le mariag-e. Nous serons dans le plus petit comité, une quinzaine de personnes.

Dites-moi, pouvez-vous nous prêter de l'arçenterie pour le dîner ? Ecrivez-moi ce que vous pourrez mettre à ma dlspo-

1. Victor Parie, sa jeunesse, ses relations littéraire.', p. 244.

sition ce jour-là. Vous voyez, je ne me tfène pas avec vous. Vous savez notre misère de ce cùté. Et nous sommes encore vinçt-quatre personnes au dîner.

Vous savez que c'est mercredi prochain, i5 de ce mois.

Répondez-moi le plus tôt possible là-dessus, et ce qu'il y aurait de mieux, si cela se pouvait, serait que vous vinssiez nous voir.

A vous de cœur, cher ami.

Adèle Hugo.

Dimanche matin.

P. S. — Si vous aviez des couteaux, ils ne seraient pas de trop '.

Le mariag-e civil eut lieu le mardi i4 février. Les témoins de Léopoldine étaient le peintre Louis Boulanger et M. Al)el Hugo, son oncle :

Aboi était l'ainé, j'étais le plus petit -.

Le mercredi i5, on célébra le mariag-e relig-ieux, dont acte fut dressé en ces termes :

1. Ces deux lettres ont été publiées, dans le Figaro du 21 février 1891, par M. Henry Lapauze. D'après M. Lapauze, les services rendus par M. Robelin à Victor Hugo auraient été nombreux et parfois très importants. Ils ne se seraient pas bornés, tant s'en faut, à un prêt d'argenterie. Un jour vint où, à son tour, il sollicita l'aide du grand poète, devenu plusieurs fois millionnaire. Victor Hugo répondit par un refus, prétextant ses propres emharras, qu'il était tenu de verser, plusieurs années durant, à la Banque nationale de Belgique, dont il était l'un des plus forts actionnaires, 67.000 francs par an et qu'il lui fallait prélever cette somme annuelle de 67.000 francs sur son revenu! Le

Eauvre homme!! « Vous voyez, ajoutait-il, que mes embarras, élas! valent bien les vôtres... Cher vieil ami, ne soufllez mot de tout cela, et PLAIGNEZ-MOI de ce que Je suis si empêché et surlont de ce que je ne puis vous venir en aide. — Votre bôtesse de l'an passé vous envoie ses plus affectueux souvenirs, et moi je vous embrasse de tout mon vieux cœur. Victor Hugo. » (Lettre du 1" mai 1873.) — Cotte lettre de 1873, une autre de 1872, adressée également à M. Robelin, o ne sont peut-être pas absolument à l'honneur du très grand poète ». C'est M. Lapauze qui écrit cela, non sans mélancolie. Qu'il se console : il en verra bien d'autres !

Page 1