CHAPITRE II
VILLEOUIER
Le buste du poète. — Lettres do David d'Augers. — Le salon de la place Royale en 184:'. — Le lo février 184o. —La catastrophe de Yillequicr. — Lettre de Sainte-Beuve. — Le Revenant.
En 1842, Victor Hugo, sa famille et son entourage étaient sous le rayon, selon le mot de Sainte-Beuve. David d'Ang-ers avait choisi ce moment pour faire du poète un buste en marbre, définitif, celui-là, monumental comme celui qu'il avait fait de Gœthe en i83i. Son œuvre achevée, l'illustre statuaire avait écrit à Victor Pavie :
Avant d'entreprendre un voyage ', j'ai toujours l'habitude de mettre ordre à mes affaires. Je viens de faire un testament qui prouvera, je l'espère, mon admiration et ma tendre amitié pour Hugo. C'est son buste, car le premier n'était qu'un portrait; je l'ai débarrassé de ses vêtements, je lui ai mis une couronne de lauriers sur la tête. Le buste sera coulé en bronze et donné par moi à la ville de Besancjon -.
En même temps, il écrivait à ]\['"e Victor Hugo :
Madame,
Recevez, je vous prie, avec bienveillance le buste de votre illustre mari. Donnez un asile à cet ouvrage (juc je quitte à
4. David se disposait ù faire un voyage dans le Midi pour rétablir sa santé altérée par le travail.
2. Cartons de Victor Pavie: correspondance de David d'Augers. Lettre du 19 juin 1842. — Au sujet de ce buste de 1842, voirl'^ppendice IV^
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reo-ret, car je sens combien il est loin de réaliser ce que mon admiration pour un noble et puissant e^'énie m'a toujours inspiré; je serais cependant heureux que vous voulussiez bien voir dans cette production les efforts de l'ami; si la réussite n'a pas répondu à la haute idée qu'il a du modèle, vous le jug-erez avec indultfence en faveur du motif qui l'a inspiré.
La couronne de lauriers, que j'ai fixée pour les siècles et à l'insu d'Hug'O, n'est {)oint une flatterie. Un républicain s'incline devant le g-énie, mais il ne le flatte jamais. En mettant sur ce buste le signe décerné aux grands hommes, je crois être rinterprète des nombreux admirateurs du poète immortel. L'avenir contirmera la pensée du statuaire '.
A quelques jours de là, Théodore Pavie allait voir le buste dans le salon de la place Rovale, et au retour il écrivait à son frère :
C'est un chef-d'œuvre digne de l'artiste qui l'a tiré du marbre et du poète dont il est l'image idéalisée... La Didine * est bien belle ; la Dédé 3, toute jolie déjà, joue à la poupée avec une petite amie de campagne, à hKjualle le poète fait des niches à la Gringoire. Etonnante maison, plus vivante que les Légendes du Rhin ! Le soir, quand vient l'heure de s'aller coucher, Charles tout endormi embrasse son père, sa mère, puis tous ceux qui sont présents, même ceu.x qui sont là pour la première fois ■*.
Dans une autre lettre de la même époque, je trouve ces curieux détails sur M'"^ Hug-o et ses enfants :
Deux visites inutiles à Hugo! une troisième faite le soir... Ils avaient ce soir-là trois dames de province, sans un seul Albertus ^, sans le moindre Francis Wev, et la conversation pareille à une conversation de Baugé : salles d'asile, curés,
1. David d'Angers, sa vie, .ion œuvre, ses écrits et ses contemporains, par M. Henry Jouin, t. II, p. 418.