‹ Victor Hugo après 1830 (volume 3)Chapitre 24 sur 159 · Alphonse Karr, le Livre de bord, t. III, p · texte numérisé non relu

Alphonse Karr, le Livre de bord, t. III, p

aux arbres. Soudain, entre deux collines, un coup de vent s'abat sur la voile, le canot chavire, tout s'abîme et tout meurt, le vieux marin et son fils et la fille du poète... Seul, Charles Vacquerie .se débat et lutte. Il reparaît sur l'eau et crie, plonge et disparaît, puis monte et crie encore, replong-e et disparaît... six fois ! Léopoldine s'est attachée de ses petites mains à la barque, sous l'eau, et rien ne peut la détacher. Ne pouvant la sauver, son mari veut mourir avec elle. On les retrouva se tenant emljrassés l'un l'autre! Le lendemain, il y avait à Villequier quatre morts dans l'église; mais une tendresse ing-énieuse avait réuni les deux jeunes époux dans un même cercueil *.

]\{inc Hugo était à Graville, aux portes du Ha'vre. Un ami profita de son désespoir, voisin de l'égarement, pom* la faire monter en voiture et l'entraîner à Paris avec les enfants qui lui restaient -. Victor Hug-o était dans les Pyrénées, revenant d'Espagne. Où lui écrire? Il ne donnait jamais exactement son itinéraire, et voyag-ealt sous un autre nom que le sien. Aucune des lettres qu'on lui adressa ne lui parvint. C'est le 9 septembi^e seulement qu'il eut connais.sance de l'épouvantable malheur qui venait de le frapper. Le 10, il écrivait de Saumur à M"e Louise Berlin :

Chère mademoiselle Louise, je souffre, j'ai le cœur brisé, vous le voyez, c'est mon tour.

J'ai besoin de vous écrire, à vous qui l'aimiez, comme une autre mère. Elle vous aimait bien, vous le savez.

Hier, je venais de faire une t'-rande course à pied au soleil dans les marais, j'étais las, j'avais soif, j'arrive à ce vlllat^e,

i. Alphonse Karr, p. 139. — Jules Janin, Histoire de la litlérature drainaliqiie, t. IV, p. 412.

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