‹ Victor Hugo après 1830 (volume 3)Chapitre 25 sur 159 · Aiplionse Karr, op. cU · texte numérisé non relu

Aiplionse Karr, op. cU

qu'on appelle, je crois, Subise ', et j'entre dans un rafé. On m'apporte de la bière et un journal, le Siècle. J'ai lu. C'est ainsi que j'ai appris que la moitié de ma vie et de mon cœur était morte.

J'aimais cette pauvre enfant plus que les mots ne le peuvent dire. Vous vous rappelez comme elle était charmante.

C'était la plus douce et la plus i»-racieuse femme.

0 mon Dieu, que vous ai-je fait?

Elle était trop heureuse, elle avait tout, la beauté, l'esprit, la jeunesse, l'amour, ce bonheur complet me faisait trembler. J'acceptais l'éloi^-nement où j'étais d'elle afin qu'il lui manquât quelque chose. Il faut toujours un nua^c. Celui-là n'a pas suffi. Dieu ne veut pas qu'on ait le paradis sur la terre. Il l'a reprise.

O mon pauvre an<^e, dire qu3 je ne la verrai plus !

Pardonnez-moi, je vous écris dans le désespoir. Mais cela me soulage. Vous êtes si bonne, vous avez l'àme si haute, vous me comprendrez, n'est-ce pas ? moi, je vous aim3 du fond du cœur, et quand je souffre, je vais à vous.

J'arriverai à Paris presque en même temps que cette lettre. Ma pauvre femme et mes pauvres enfants ont bien besoin de moi.

Je mets tous mes respects à vos pieds.

Victor IIugo.

Mes amitiés à mon bon Armand. Que Dieu le préserve et qu'il ne soufîre jamais ce que je souffre ^.

On lit dans la Presse du 12 septembre :

Voici ce que nous mande, à la date du 10 septembre, notre correspondant de Rochefort :

La nouvelle du fatal événement arrivé à la fille de M. Victor Huo'o, à son mari et à son oncle est parvenue ici dans la journée du 8. Tout le monde a pris la part la plus vive à son infortune. Hier, dans la matinée, M. Victor Hugo est arrivé dans nos murs pour y passer quelques jours et y visiter l'ar-

1. Soubise (et non St/hise) est un village de la Charente-Inférieure, à une lieue de Rochefort.

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