‹ Victor Hugo après 1830 (volume 3)Chapitre 37 sur 159 · Charles Labitte, Revue des Deux-Mondes, i" février · texte numérisé non relu

Charles Labitte, Revue des Deux-Mondes, i" février

S8 VICTOR HCGO APRÈS 1830

duii autre lieu commua sur l'Académie, auquel succédait un troisième lieu commun sur « les lettrés, élite des générations » ; — tout cela solennel, démesuré, sans vérité, 'sans bon sens. Victor Hug-o avait l'œil ainsi fait qu'il ne voyait que des choses énormes :

La moindre taupinée était mont à ses yeux.

L'Académie, par exemple, se transformait sous sa plume en une espèce d'Elysée g-ig-antesque et serein, où quarante colosses aux idées pures vivaient ensemble dans la paix et dans la gloire, «dans la religion du beau et de l'idéal, dans la contemplation des maîtres éternels ! » L'auditoire, qui avait sous les yeux les quarante colosses, — dont quelque.s-uns s'appelaient Jay, Jouy, Patin, Etienne, Dupaty, Scribe, Pongerville, Vicnnet, Baour-Lormian, sans parler de cet ineffable Tissot, qui vendait sa voix à un candidat et la donnait à un autre pour se faire payer deux fois *, — l'auditoire se demandait si l'orateur ne se moquait pas de lui, d'autant que la gravité de son débit ajoutait encore à la solennité de son lang-ag-e. « On pouvait croire, par moments, écrivait le lendemain Sainte-Beuve, qu'on entendait moins le directeur de l'Académie française s'adressant à un spirituel confrère, que le président d'une log-e de francsmaçons recevant un nouvel initié -. »

Quant au récipiendaire, il en était à peine question dans la répon.se de Victor Hugo. « M. Campenon faisait partie de l'Université; l'Académie, pour le remplacer, a

1. Sur M. Tissot et ses singulières pratiques en matière d'élec ■ tions académiques, voy. Ernest Lcgouvé, Soixante ans de souvenirs, t. Il, p. 27"); — Mary Lafon, Cinquante ans de vie littéraire, \>. 170; — Armand de l'oulniarlin, Soucenirs d'un vieux critique, t. IX, p. 224.

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