Vers des Glanes
passeront. Le poète verra disparaître ses enfants, l'un après l'autre. Un seul survivra, sa fille Adèle, et lorsqu'il voudra la voir, .sachant bien, hélas! qu'elle ne le reconnaîtra pas, c'est à Saiiit-Maiidé qu'il lui faudra se rendre, « dans la maison de santé de M'"*^ Rivet, Grande-Rue de Saint-Mandé, n^ loG *. » Siint lacry-
Jiiœ reruni.
Le 5 octobre i843, Victor Hug-o fut nommé directeur de l'Académie pour le quatrième trimestre de l'année 2. MM. Campenon et Casimir Delavigne étant morts sous son consulat, le premier le 24 novembre, le second le 1 1 décembre, c'était à lui que revenait l'honneur de recevoir leurs successeurs.
Saint-Marc Girardin fut élu, en remplacement de M. Campenon, le 8 février i844- On gîtait alors au plus fort de la lutte pour la liberté d'enseignement. L'Université était violemment attaquée. L'Académie prit parti pour elle. Rédacteur principal du Journal des Débats, professeur applaudi en Sorbonne, M. Girardin était un universitaire de mar(|ue. L'Académie le choisit surtout à ce titre et le nomma d'emblée, au premier tour de scrutin, par 18 voix contre 8 données à M. Emile Deschamps
1. Petites Affiches du 7 n;ars 1882. — Voir dans le Figaro ilu 30 juin 1882 l'article intitulé : 3i"° Adèle Hugo, et dans le Curieux, pur Charles Nauroy, t. II, p. 378.
2. Victor Hugo, en trois ans, avait été nommé deux fois directeur et une l'ois chancelier : le 24 juin 1841, Charles Nodier, directeur; Victor Hugo, chancelier; — le 28 juin 1842, Victor Hugo, dii'ecteur; Ballanche, chancelier; — le o octobre 1843, Victor Hugo, directeur; Charles Nodier, chancelier. — En 1878, le 27 juin, Victor Hugo fut nommé, pour la troisième fois, directeur de l'Académie, en même temps que M. Victorien Sardou était nommé chancelier.
et 7 à Alfred de Vigny. Il vint prendre séanee le iG janvier 1845. Le hasard, cette l'ois encore, servait à souhait les curieux. Victor Hugo avait les critiques en horreur, et Saint-Marc était un critique. Son principal titre était son Cours de littérature dramatique, dont le premier volume venait de paraître, et, dans ce volume, il s'était montré, à l'endroit des romans et des drames du poète, d'une sévérité qui allait jusqu'à l'injustice ^. En appréciant ce livre, en parlant de son auteur, le chantre à'Olyinpio allait se trouver à la fois jug-e et partie. Comment se tirerait-il de cette situation délicate?
Le discours de Saint-Marc Girardin fut simple, modeste, sans phrases, sans brouillamini et sans tintamarre, — tout le contraire de ce que serait dans un instant, le spirituel professeur le savait bien, la harang'uc de son illustre contradicteur. 11 s'inclinait d'ailleurs devant lui, en terminant, avec une courtoisie qui n'allait point sans quelque malice :
Oui, j'aime à dire hautement devant voui, M.^ssieurs, combien, (lej)uis quinze ans que je m'entretiens avec eux, nos jeunes étudiants m'ont rendu facile et doux l'accomplissement des devoirs du professorat ; condjien ils m'ont fait chérir ces causeries lamllicres, qui parfois aussi pourtant ont leurs difficultés, car j'y dois critiquer quelquefois ceux que je voudrais toujours admirer. Charg'é de diriger la marche incertaine de tant de jeunes esprits, c'est vers ranti([uitc ou vers le dixseptième siècle que j'aime à les conduire, comme vers le modèle qui trompe le moins. Mais nous saluons les modernes en ])assant, et nous y revenons avec empressement, quand nous avons touché le but et afFernù notre jugement. i-)ans nos écoles, Messieurs, nous croyons à la gloire littéraire du dixneuvième siècle, et nous en sonunes fiers ; nous admirons
1. Voir noliimmout, au toiuo I" du Cours de Siiinl-M;n'r Girardin, cil. u {Aiiqelo), eh. ni (NoIre-lUwte de l'aria], eli. vni [le Roi s'ami/se), cli. xvi (Lucrèce Borgiu).
Ijcaucoup et nous espérons beaucoup ; mais nous faisons en sorte d'élever l'admiration par la crili(jue et de féconder l'espérance par l'étudj .
Victor Hugo, en commençant, eut de belles paroles sur M. Villemain, qu'une maladie cruelle éloignait de l'Académie; ce début, dit d'une voix grave et sonore, fut très applaudi '. Le pi-ince et la princesse de Joinville, le duc et la duchesse d'Aumale, le duc de Montpensier, assistaient à la séance. Le poète fit devant eux, en ces termes, l'élog-e du roi. « Tous font leur tâche et leur devoir, dit-il, l'industriel et le lettré, l'homme de pres.e comme l'homme de tribune, tous depuis l'humble ouviuer, bienveillant et laborieux, qui se lève avant le jour dans sa cellule obscure, c|ui accepte la société et qui la sert, quoique placé en bas, jusqu'au roi, sage couronné, qui du haut de son trône laisse tomber sur toutes les nations les graves et saintes paroles de la concorde universelle. »
L'élog'e de M. Campenon ne le retint pas long-temps; ce fut l'affaire de quinze ou vingt antithèses dans le g-oût de celles-ci : « 11 fut rêveur dans sa jeunesse, il devint pensif dans ses vieux jours. A ceux qui nous demanderaient s'il fut g'rand et s'il fut illustre, nous répondrions : 11 fut bon et il fut heureux ! » Sur ce mot, lâchant son pauvre mort, Victor Hugo déplora le sort que la société fait à la femme, « toujours prête à développer ou une grâce cjui nous charme ou une perfection qui nous conseille, acceptant tout du malheur, excepté le fiel, devenant plus douce à mesure qu'elle devient plus triste ». Ce grand lieu commun sur la femme était suivi
1. Voy. le discours de Saint-Marc Girardiii au tome I" de ses Essais de littéraliire et de morale.