‹ Victor Hugo après 1830 (volume 3)Chapitre 4 sur 159 · Léon Gozlan, loc. cil · texte numérisé non relu

Léon Gozlan, loc. cil

S'il savait se ménag-er la laveur du prince, le poète ne comptait pas que sur elle; il lui tardait de prouver qu'il y avait en lui rétofFc d'un homme d"Etat. Dès le mois de juillet i84i , au lendemain de son discours à l'Académie, il écrivit une étude sur la politique extérieure de la France et sur les conditions de l'équilibre européen. Il trouvait, d'ailleurs, le moyen de mener de front la rédaction de ce travail et un procès en contrefaçon devant le tribunal correctionnel de Paris. C'était son quatrième procès, et ce ne devait pas être le dernier.

Certain librettiste italien, Felice Romani, avait tiré de Lucrèce Bovgia un opéra en quatre actes, dont Donizetti écrivit la musicjue. La pièce fut jouée à la Scala de Milan, au carnaval de i834. Six ans plus tard, le 27 octobre i84o , elle faisait .son apparition à Paris, au Théâtre-Italien. M"^ Ginsi tenait le rôle de Lucrezia et Mario celui de Gennaro. En i84i, un M. Etienne Monnier mit en français le libretto de Felice Romani ; l'éditeur Bernard Latte publia cette traduction avec la musique de Donizetti.

Editeur et traducteur furent poursuivis par Victor Hug-o, en même temps que M. Jules Baptiste, fils de l'ancien artiste de ce nom et directeur du théâtre de Metz, qui avait représenté l'ouvrage, malgré les défenses expresses du poète. Berryer était aloi's un des plus fidèles habitués du Théâtre-Italien *. Il écrivit à M. Monnier la lettre suivante :

Je ne puis croire. Monsieur, ([ue la difficulté dont vous me 1. Précisément, à cette date de 1841, M. de Loménie écrivait,

parlez soit sérieusement élevée par M. Victor Hugo. Il n'y a aucun rapport, autre que le sujet même, entre le çrand drame que M. Victor Hugo a fait représenter à Paris et la traduction en vers que vous avez faite du libretto italien. Jamais on n'a considéré comme une usurpation littéraire le profit que l'auteur d'un opéra a pu faire d'une trag-édie déjà représentée sur le même sujet, liien moins encore en peut-il être ainsi .quand l'opéra a été écrit en lang-ue étrang-ère et quand il ne s'ag-it plus que de sa traduction. Votre ouvrage en vers, accommodé pour le chant, ne sera jamais regardé [comme une contrefaçon du drame de M.Victor Hugo. Vous pouvez faire représenter votre opéra traduit sans avoir à craindre aucune plainte, aucune action judiciaire de la part de l'auteur du drame de Lucrêcr Dorgia. Tel est mon avis. Monsieur. J'ai l'honneur d'être votre obéissant serviteur.

Berryer fils '.

Cette intervention du grand orateur émut vivement Victor Hug-Q. Il adressa aussitôt à Berryer, le 27 avril 184 1, une première lettre signée Votre ami quand même, F.//., puis, le3o, une seconde lettre ainsi conçue :

Mon cher monsieur Berryer, un incident impreATi me prive de ma liberté demain et dimanche. J'irai un des jours de la semaine prochaine vous chercher et causer avec vous ; car je tiens à vous convaincre et à vous faire voir combien on a abusé de votre bonne foi dans mon afFaire. Je serai heureux de cette occasion pour vous redire tous mes sentiments de vive admiration pour votre magnifique talent. V. H.

3o avril, vendredi -.

dans la seconde édition de sa Biographie de Berrver : « Qi:i n'a pas rcnconlré. au foyer de VOpérà on ùqs Italiens, en habit bleu ou marron, boutonné jusqu'au menton, un homme de tnille moyenne, tourné en allilélo, aux épaules larges, à la poitrine efïacée, n'avançant à pas lents, la tétc haute, au milieu de la foule, et promenant autour de lui unregard riantet fier, insoucieux et passionné? » Galerie des Contemporains illustres, par un Homme de rien, tome !•'.

i. Gazelle des Trihunaux, 22 juillet 1841.

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