Mémoires du généri
dans son graJo deg-énéral, à dater du 1 1 septembre i8i3, époque où il avait quitté TEspayne. Cette ordonnance, et ceci est à noter, ne fait pas mention de son titre de comte. A cet égard, la Restauration maintint les choses au point où les avait laissées la chute de TEmpire. Aussi le général Huqo n'a-t-il jamais pris, dans aucun acte public, le titre de comte, sachant bien qu'il n'y avait pas droit. ;\fme Hug-o, mère du poète, étant morte le 21 Juin 182 1, le g-énéral, trente jours après, fit publier les bans de son second mariag-e. L'acte de ce second marlag^e, inscrit sur les registres de la commune de Chabris (Indre), l'indique seulement comme « Joseph-Léopold-Sigisbert Hugo, ancien officier g-énéral ». Voici le texte de cette pièce, qui ne laisse pas de présenter plus d'une particularité curieuse :
Aujourd'hui, G septembre 1821, à six heures du soir, pardevant nous Louis, marquis de Béthune-Sully, chevalier de l'ordre royal militaire de Saint-Louis, officier de l'ordre royal de la Lég-ion d'honneur, maire et officier de l'état civil de la commune de Chabris, sont comparus : Monsieur Joseph- Léopohl-Sirfisbert Hugo, ancien officier général, domicilié ville de Nancy, département de la Meurthe, né à Nancy, le i5 novembre lyyS, fils majeur de feu Joseph Hugo, virant propriétaire, décédé à Nancy, le i5 messidor an VII, et de feue ^larg'uerite Michaud, décédée aussi à Nancy le 23 février i8i4, d'une part ; etde dame Marie Tomat y Saétoni, domiciliée à Chabris, comtesse de Salcano, née à Cervione , le 5 novembre 1784, veuve de Anaclet d'AImay, vivant propriétaire, décédé à la Havane le i5 août 1817; fille majeure de feu Nicolas de Ligny Tomat, décédé en Corse, le ler novembre 1808, vivant propriétaire, et de feue Lina Saétoni de Carapoloro, décédée à Cervione le i5 décembre 1780, d'autre part ; lesquels nous ont requis de procéder à la célébration du mariage projeté entre eux, dont les publications ont été faites dans cette commune, les dimanches vingt-deux et vingt-neuf juillet dernier, et, dans la ville de Nancy, les dimanches
ving^t-neuf juillet et cinq août... Aucune opposition n'ayanl été signifiée, vu aussi la permission de mariag-e accordée par M. le ministre-secrétaire d'Etat au département de la guerre, en date du 28 août dernier, nous avons déclaré, au nom de la loi, que .loseph-Léopold-Sigisbert Hugo et Marie-Catherine Tomat y Saétoni sont unis par le mariage. Pour acte, fait à la mairie de Chabris, en présence des sieurs Jacques Rousseau, chevalier de la Légion d'honneur; de Jacob Schicsingeyer, cocher de M. le marquis de Béfhiine-Sii/li/ ; de Chantrau Martial, homme d'affaires de M. de Béthnne ; et de Nicolas Kallenboren, tailleur d'Iiabits.
Signé: G^i Hugo, V. Dalmay, Rousseau, Jacob Schiesing'cycr, Chantrau, Kallenboren, marquis de Béthune-Suliy, maire^
Cet acte de mariag-e, dans lequel on remarquera qu'il n'est fait aucune mention de la première femme du g-énéral,la mère du poète, fut suivi, à quelques jours de là, d'une lettre de faire part, également fort singulière; elle est ainsi conçue :
Monsieur le g-énérai Léopold HUGO a l'honneur de vous faire part qu'il vient de faire léij-aliser, par-devant M. l'officier public de Chabris (Indre), les liens purement religieux qui l'unissaient à madame veuve D'ALME, comtesse à&SALCANO.
Saint-Lazare, pr.'^sBlois.
De cette lettre du g-énéral, je ne veux retenir que ceci : Elle est muette sur son titre de comte. Demème, celle ({u'il enverra, le i5 novembre 1821, à ses amis et connaissances, pour les informer du mariag(! de son fds Victor, ne portera d'autre mention que celle-ci : « Monsieur le g-énéral Léopold Hug'-o. »
t. Extrait du Registre des Actes de mariage de la comnmnc de Chabris, pour l'an 1821.
L'acte de mariage du poète, inscrit sur les reg-istres de la paroisse Saint-Sulpice, à la date du 12 octobre 1822, est plus explicite. Il est vrai que Victor Hu^o était là pour veiller à ce qu'aucun des litiges de son père ne fût oublié. Aussi, l'énumération, cette fois, est-elle complète : « Joseph-Léopold-Sis^isbert Hugo, maréchal des camps et armées du roi, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, officier de la Légion d'honneur et commandant de l'ordre royal de Naples *. » Du titre de comte, pas l'ombre.
L'année suivante, le g-énéral Hug-o publie ses Mémoires, qui sont ceux du général Hugo, et non du général comte Huijo 2. Dans sa Relation du blocus, du siège et de la défense de Thionville, publiée également en 1828, il parle de lui à la troisième personne ; mais tandis qu'il donne toujours aux officiers généraux dont le nom se rencontre sous sa plume leur titre nobiliaire : le général comte Belliard, le général cornue Dupont, le général comte Durutte, etc., il dit de lui : le général Hugo, tout court.
Louis XVIII l'avait confirmé, — ce que n'avait pas voulu faire Napoléon, — dans son grade de maréchal de camp (général debrigadej.CharlesX,aumois dejuin 1825, le nomma lieutenant général (général de division) 3. Les ordonnances royales mentionnaient toujours le titre nobiliaire de la personne nommée, lorsqu'elle en avait un; l'ordonnance de juin 1826 ne fait pas mention du titre de comte.
•1. Voy. Victor Huf/o -avant tSSO, p. 261.
a. Mémoires du général Hugo, gouverneur de plusieurs provinces et aide-major général des armées en Espagne. A Paris, chez Ladvocat, libraire, 1823. 3 vol. iii-8.