‹ Victor Hugo après 1830 (volume 3)Chapitre 50 sur 159 · Ainphjjtrion, acte III, scène x · texte numérisé non relu

Ainphjjtrion, acte III, scène x

mort du poète, sous le titre de Victor Hugo intime, par un de SCS plus ardents panégTristes,par l'un de ses plus proches parents, M. Alfred Asseline, son cousin g-ermain. à qui je vais laisser la parole?

M. Alfred Asseline était attaché au cabinet de M. Gabriel Delessert, préfet de police en i848. Dans la nuit du 23 au 24 février, M. Delessert fit brûler dans les cheminées de ses bureaux particuliers une g-rande quantité de papiers. M. Asseline, après nous avoir donné ce détail, continue ainsi :

Pendant que nous nous passions les piles de dossiers do main en main, un cahier tout mince, qui ne paraissait pas contenir de secrets bien terribles, tomba à mes pieds, sans que personne y prît carde. En me penchant pour Hrc le nom qui était inscrit sur la chemise de papier g-ris, je fus tout ébahi de voir le nom de Victor Hngo tracé en lettres énormes et au-dessous ces simples mots à l'encre rouçe : A ctasser. Je me baissai rapidement pour ramasser le dossier et je le Hs entrer de force dans ma poche en le déchirant un peu.

Dans ce dossier, il y avait deux pièces seulement.

La première, continue M. Asseline, était la copie d'un procès verbal du commissaire de police du quartier de la place Vendùme, constatant le flagrant délit de conversation criminelle dans un petit bucn-retiro, loué sous le nom de... dans le passage Saint-Roch.

La deuxième était un ordre, — de la grosse écriture de M. G. Delessert, — ainsi libellé :

« P. M. (police municipale) — M"" (ici le pseudonyme qui déguisait un Javert très décoré, attaché à la contre-police du roi). M"' m'attendra demain au Château, à l'issue du conseil ; l'heure du conseil est dix heures. »

La ville et la cour, — surtout la cour, — s'étaient émues de cette conversation criminelle : le roi, paraît-il, avait été fort mécontent.

Je racontai à Victor Hugo Tliistoire do .son dossier. - Js

LES PARENTS MATERNELS 8b

crois savoir, me dit-il en rianf. ([ui était cet agent chargé de surveiller les pairs de France ^.

Puisque Victor Hug-o et ses proches prenaient si g-aiement la chose, on me permettra bien, à moi c{ui ne suis j^as son cousin, d'en dire un mot à mon tour. Je me bornerai du reste à quelques courts extraits des journaux du temps.

Je lis dans la Pairie du 6 juillet i845 :

On parle beaucoup, à Paris, d'un scandale déplorable... Un de nos écrivains les plus célèbres aurait été surpris, hier, en conversation criminelle, par le mari, qui se serait fait assister du commissaire de police. L'épouse infidèle aurait été incarcérée, et l'amant si malheureusement heureux n'aurait dû le triste avantage de conserver sa liberté qu'au titre politique qui rend sa personne inviolable. Ne pouvant douter de l'exactitude de ces faits, nous faisons des vœux pour que les suites en soient le moins graves possible.

Les suites de l'afTaire menaçaient, en effet, d'être fort graves. Le mari avait déposé entre les mains du président de la Chambre des pairs une plainte en adultère contre Victor Hug-o; et M. Pasquier avait eu beau prier, supplier, il n'avait pu le faire revenir sur sa détermination. Il ne fallut rien moins que l'intervention personnelle du roi Louis-Philippe pour décider l'époux outrag-c à retirer sa plainte.

Le Nalional écrivait, dans son numéro du lo juillet :

La scandaleuse aventure dont plusieurs journaux ont entretenu le public ces jours derniers soulève une grave question de droit constitutionnel. Un illustre personnage, qui cumule les lauriers du Parnasse et le manteau d'hermine de la pairie, a été surpris en conversation criminelle avec la femme d'un peintre. Le mari, qui était à la piste de l'intrigue, se présenta

1. Viclor Hugo intime, par Alfred Assoline, p. 126. .M""^ Piern; Foucher, mère de M^^ Victor Huyo, était la sœur ainée du pure de M. Alfred AsseUne.

86 VICTOR HUGO Al'RKS 1830

tout à coup dans l'asile ([u'ils avaient 'choisi aux environs de Saint-Roch, accoiujjagné d'un commissaire de police. Ce fonctionnaire se mit en mesure d'arrêter les coupables pris en flagrant délit. La justice ne se pique point de galanterie : elle s'empara de la dame sans façon et sans explication. Mais le pair se mit à parlementer et invoqua l'inviolabilité dont il est couvert par la Constitution. Le commissaire hésita et finit par laisser pai'tir le galant vicomte. Les mêmes journaux qui ont révélé cette aventure et annoncé un procès en adultère devant la Cour des pairs nous apprennent aujourd'hui (jue les choses se sont arrangées ^...

L'aventure, on le pense bien, faisait bruit en province comme à Paris. De Saint-Point, où il était à ce moment, Lamartine écrivait, le 7 juillet:

J'apprends l'aventure d'Hugo. J'en suis fâché, mais ces fautes-là s'oublient vite. La France est élastique, on se relève même d'un canapé -.

Le 9, il écrit à M. Darçaiid ;

L'aventure amoureuse de mon pauvre ami lîugo me désole. On dit qu'il s'éloigne de France pour (ju'on ne demande pas l'autorisation de le poursuivre à la Chambre des pairs ; mais ce qui doit être navrant pour lui, c'est de sentir cette pauvre femme en prison penilant qu'il est libre ^.

Navré ou non, ^'icto^ Hugo prenait ses passeports au Luxembourg-, et la Quotidienne du 11 juillet publiait la note suivante :

D'après la promesse qu'il en avait faite à Louis-Philippe, à la sollicitation personnelle duquel M. X... a retiré sa plainte, M. Hugo a pris hier ses passeports et est parti pour effectuer un voyage de trois mois en Espagne.

L Voir dans les Mémoires secrets et té7noitj)iti;/es authentiques, par A.-J. de Marnay (Paris, Librairie des bibliopiiilcs, 1875, m-8), les lettres des IG juillet et 2 août 1845.

2. Lettre au comte de Circoiu't. — Correspondance de Lamartine, publiée par M"" Valeiitine de Lamartine, t. VI, \>. 108.

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