Le Rhin, t. I, p
cette lettre de 184G. Elle prouvait, d'une part, que ses opinions républicaiucs n'avaient point attendu, pour se produire, la révolution de Février ; elle montrait, d'autre part, que, s'il était vicomte, du chef de son père; s'il se rattachait, par son g-rand-père paternel, — le menuisier de Nancy! — àl'unedcs plus nobles familles de Lorraine, il se rattachait en outre, par sa mère, à une famille de vieille noblesse. Nous sommes un peu parents, lui écrit M. du C. d'E..., un marquis de la vieille roche; et lui aussitôt, armé de sa raquette poétique, prenant la balle au bond, il la renvoie avec une adresse merveilleuse; il répond :
Marquis, je m'en souviens, vous veniez chez ma mère, Vous me faisiez parfois réciter ma grammaire; Vous m'apportiez toujours quelque bonbon exquis, Et nous étions cousins quand on était marquis '.
Il n'est que de commencer. Sa mère, il le sait à merveille, est de famille bourg-eoise, fille d'un capitaine de navire marchand, Jean-François Trébuchet. N'importe : il faudra bien, coûte que coûte, que, de ce côté aussi, la transmutation s'opère, que le plomb se chang-e en or, la roture en noblesse. Du petit capitaine de navire, on fera d'abord « un riche armateur 2 » ; du père de Jean-François, on fera « un des chefs de la g-rande bourg-eoisie de la province de Bretagne^». Du grand bourg-eois au g-entilhomme, il n'y a que la main. C'est le moment d(^ faire apparaître le marquis, — un marquis
Qui n'a pas dit son nom et qu'on n'a pas rc\u,
mais qui a trouvé le temps cependant de dire à la canto-
• 1. Les Conlemplatio7\s, t. K, p. 79.
2. Victor Hugo raconté par un tcmoin de sa vie, t. I, p. IG. — Victor Hugo et son temps, p. H\.